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Etude réalisée par l’Association Histopale

 L’ÉGLISE DE RÉTY À L’ÂGE ROMAN

   Le mot "ÉGLISE" nous vient du latin ecclesia (ou ekklesia, en grec), qui veut dire "ASSEMBLÉE". Dans la Bible, il désigne un groupe de Chrétiens qui prient ensemble, sans aucune référence au lieu où s’effectue le rassemblement. Ce n’est qu’à partir du IIIe siècle que ce mot sert, aussi, à désigner l’édifice où se réunissent les fidèles pour l’exercice du culte.
      Au XIe siècle, après une période d’invasions, de famines, d’épidémies et d’appréhension de la fin du monde, de profonds élans de ferveur religieuse animent les chrétiens. Cette période est, également, marquée par un progrès rapide dans tous les domaines de l’activité humaine et un essor démographique exceptionnel qui permettent le développement de la vie urbaine. Profitant de ces conditions spirituelles et matérielles particulières, le pape Grégoire VII décide de réformer l’église afin de lui rendre son indépendance (réforme grégorienne). En effet, la très grande majorité des églises paroissiales est alors entre les mains de laïcs, principalement les seigneurs. Cette transformation passe par la construction de lieux de culte dépendants du pouvoir religieux. Le développement de cette activité donne lieu à la naissance d’un nouvel art architectural dans l’occident chrétien. En 1818, l’érudit Charles de Gerville lui donne le nom de "ROMAN". Ce terme vient du latin romanus, de Rome, en référence au modèle architectural adopté : la basilique romaine, édifice public tout à la fois palais de justice, marché et lieu de promenade. Si Charles de Gerville a utilisé ce mot pour qualifier l’architecture de l’occident chrétien du Ve au XIIe siècle, de nos jours, il désigne exclusivement la production artistique des XIe et XIIe siècles. La partie la plus ancienne de l’église de Réty date de cette époque. La basilique romaine apparaît comme une grande salle rectangulaire présentant, au fond, une abside semi-circulaire où siégeaient les magistrats. Elle se caractérise par des murs élevés qui la rendent visible de loin et des fenêtres placées en hauteur. Les bâtisseurs d’églises adaptent ce plan basilical à la fonction religieuse de l’édifice. Ils l’accompagnent aussi d’une symbolique toute particulière :
–      Principe quasi général, les églises sont orientées avec leur abside tournée vers l’Est, respectant en cela la doctrine chrétienne qui veut que le Christ lui-même est la lumière du monde, venu pour éclairer tout homme (prologue de l’évangile de saint Jean (I, 9)) et que son retour sur terre se fera par l’orient (saint Matthieu XMV, 27; voir aussi saint Luc I, 78).
–  Afin de donner à l’édifice la forme d’une croix latine, emblème de la passion du Christ et symbole de la chrétienté depuis le Ve siècle, une partie transversale formée de deux bras, appelée transept. Celui-ci permet, en outre, de façon plus ou moins subjective, de séparer la nef où se tiennent les fidèles du chœur réservé aux membres du clergé.

          Si l’entretien de la nef incombe aux paroissiens, il en va autrement du chœur et des chapelles des transepts. Parties les plus "nobles" de l’édifice, elles étaient prises en charge par les seigneurs et moines. Au seigneur d’Austruy, écuyer du comte de Boulogne, le chœur ; au seigneur de la Rebertingue, la chapelle de la Vierge ; aux moines de Beaulieu, enfin, la chapelle St Jean.[1]
         Le style roman se reconnaît essentiellement par la forme extérieure massive, la présence de voûtes en pierre, la forme arrondie des ouvertures (partie supérieure en demi-cercle), des édifices de hauteur limitée, des clochers carrés ou polygonaux peu pointus. Ces caractéristiques se retrouvent dans la tour-clocher de l’église de Réty. La technique semble suffisamment aboutie (utilisation de pierres de taille soigneusement appareillées) pour pouvoir dater cette construction du second âge roman (1060-70 à 1250).
 
       La tour, autrefois au centre de l’église romane, forme la croisée du transept. C’est, avec Élinghen et Bazinghen, l’un des trois derniers exemplaires de cette époque existant encore dans le Bas-Boulonnais. Ses murs, en grès et calcaire oolithique de Marquise, totalement dépouillés, ne comportent que de simples archères en guise de fenêtres.
 
        La massivité, une des caractéristiques de l’art roman, se retrouve également dans les quatre piliers en équerre qui constituent le carré du transept sous la tour. Ils forment quatre grandes arcades en plein cintre sans ornement.
 
 
 


[1] L’église de Réty, prélude historique – Archives de l’abbé Depreux / Collection privée.

 

 

LA RECONSTRUCTION DE L’ÉGLISE DE RÉTY AU GOTHIQUE

         On ne sait si l’église de Réty eut à souffrir de l’expédition de juillet 1542 lorsque les Anglais des garnisons de Calais et Guînes, accompagnés de deux mille hommes de pied et trois cents chevaux bourguignons, s’en vinrent par Guînes et Fiennes, pour aller assiéger Marquise. Mais il est certain qu’en octobre 1543, après avoir massacré la population entière d’Audinghen réfugiés dans l’église à laquelle ils mirent le feu, les Anglais ravagèrent les villages de Ferques, Réty, Fiennes, Landrethun-le-Nord, ne laissant derrière eux que ruines et destructions. Il faut dire qu’après l’affichage, dans tout le Boulonnais, de la bulle du pape lançant contre le roi d’Angleterre Henri VIII l’anathème, ce dernier avait juré de se venger : dans leurs courses, les Anglais eurent pour mission de détruire les églises et les monastères qu’ils rencontreraient.[1]
       Le traité d’Ardres, en 1546, met fin aux excursions anglaises et aux dévastations qui les accompagnent. Seule la tour centrale de l’église a résisté, en entier, aux destructions. L’église de Réty est reconstruite grâce à la générosité des seigneurs du lieu et notamment de la famille Lannoy, seigneurs d’Austruy.[2]
        La reconstruction s’effectue dans le style gothique flamboyant. Aux voûtes en berceau nécessitant des murs porteurs importants succèdent les voûtes à croisée d’ogives, principale innovation du gothique qui permet de faire porter la charge, non plus sur les murs, mais sur des piliers. La décoration des voûtes et de ses clefs comporte un nombre remarquable de fioritures architecturales. Pierre Héliot, spécialiste de l’architecture religieuse au Moyen-âge, écrit : "Le chœur, d’un luxe exceptionnel en Bas-Boulonnais, est une œuvre remarquable"[3].

 


[1] Les Huguenots et la Ligue au diocèse de Boulogne par l’abbé Lefebvre – 1855.

[2] Bulletin de la commission départementale des monuments historiques du Pas-de-Calais – 1902 / Bibliothèque municipale de Boulogne-sur-Mer.

[3] L’église de Réty par Pierre Héliot- 1954 / Bibliothèque municipale de Boulogne-sur-Mer.

 

 

        Le rétablissement de l’église de Réty date des années 1550, comme semble l’attester un vitrail de la fenêtre de l’abside qui portait la date "1554". Une inscription, bien qu’à demi effacée lorsqu’elle fut relevée par M. Vaillant, désignait, comme donateur, vraisemblablement Jehan de Lannoy, seigneur d’Austruy et connétable héréditaire du Boulonnais. C’était le dernier vitrail de cette époque dans le Boulonnais, lorsqu’il fut remplacé au cours des travaux de restauration de 1902. En réalité, M. le curé voulait le conserver et le faire compléter mais le verrier Bazin préféra livrer sa marchandise et prétendit que la restauration était impraticable. Le 04 novembre 1908, il fut classé au titre des Monuments historiques. En 1911, les morceaux furent montrés à M. Decaux, architecte départemental, déposés dans une caisse dans le grenier du clocher. En 1919, la Commission des Monuments historiques du Pas-de-Calais les ayant réclamés, la mairie répondit : "Le vitrail a été détruit accidentellement en faisant des réparations à l’église. Les parties ont été conservées mais sont en tellement petits morceaux qu’elles n’ont plus aucune valeur". [1]
     Cette verrière représentait la Crucifixion. À la fin du XIXe siècle, la croix centrale avait disparu, mais il restait, de chaque côté, la Vierge et St Jean :
– Marie vêtue d’un manteau bleu et d’une robe jaune dont on ne voit que les manches ; la tête et les pieds brisés;
– St Jean portant une robe jaune, comme celle de la Vierge, recouverte d’un manteau rouge. 

   L’abbé Ritaine, curé de Bréxent en 1841, originaire de Réty, a déclaré avoir connu la verrière entière dans son enfance. Mais le panneau médian, contenant le Christ, ayant disparu, avait déjà été briqueté et remplacé par un crucifix de bois en 1876.[2]


[1] Analyse du registre de cure faite en mars 1967 par W. Duffat chef d’agence de l’Architecte en chef des monuments historiques / Archives paroissiales de Réty.

[2] Épigraphie Du Département Du Pas-De-Calais – Tome 3 – 1918 / Bibliothèque municipale de Boulogne-sur-mer

 

 
 La restauration de l’église n’a été que partielle puisque la nef, partie de l’église à la charge des fidèles, n’a pas été reconstruite. Les marques, visibles sur le mur ouest de la tour, nous permettent de l’imaginer mais nous laissent perplexe également.
  En effet, la toiture de la nef, marquée par des traces de solins sur le mur ouest de la tour du XIIe siècle, est bien trop aiguë pour englober des collatéraux. À gauche de la tour, au-dessus de la voûte rebâtie dans les années 1550, d’autres traces, appartenant peut-être à un bas-côté, ajoutent à la confusion en marquant un versant de toiture dont on ne retrouve pas le pendant côté tour.

Alors, la nef initiale comportait-elle des bas-côtés ou des collatéraux ? Et avec quelle disposition de toiture ?

Et quelles conclusions peut-on tirer de la disposition incompatible des deux toitures visibles ? Le bas-côté aurait-il disparu après la nef ou aurait-on refait le toit de la nef après la destruction de ce bas-côté ?
Des questions pour l’instant sans réponse.

 LES TRAVAUX DE L EGLISE DE RETY

 

    L’église, reconstruite au gothique flamboyant, subit une réfection en 1664, comme l’atteste la date relevée par M. Vaillant sur deux pierres de la dernière assise de l’abside, à l’extérieur de l’église[1]. A cette époque, les de Guizelin, seigneurs des Barreaux, entretiennent le croisillon nord du transept. Peut-être essayent-ils de faire oublier, par cette action, qu’ils furent, dans la première moitié du XVIIe siècle, de fervents disciples de la religion réformée. Le reste de l’église dépend des bons soins des du Caurel de Tagny, seigneurs d’Austruy successeurs des de Lannoy. En 1695, Philippe du Caurel de Tagny devient abbé commendataire de l’abbaye de Beaulieu ; il alloue les revenus tirés des terres de cette abbaye à l’entretien de la chapelle Saint-Jean située dans la croisée sud du transept. En 1700, ne pouvant plus subvenir à l’ensemble des dépenses de réfection de l’église, il décide d’abandonner la chapelle Saint-Jean et de porter ces efforts sur la réfection du clocher. C’est ainsi qu’on y trouve, plusieurs fois répété, la date 1704.[2]
La chapelle abandonnée est rasée (il n’en reste que six mètres à partir de la tour) et les pierres servent à l’édification d’une maison pour le vicaire et d’une école, à l’intérieur du cimetière, empêchant dorénavant d’en faire le tour. Ces deux propriétés sont vendues, en 1793, comme biens nationaux.
Le chœur, qui a un toit immense, est recouvert en 1721. M. Louchet d’Héronval, curé de Réty, a pu lire, sur des ardoises, vers 1850 : "Philippe Bol— et Bayart".2
À partir de 1750, des réfections importantes ont lieu mais le détail de ces travaux était contenu dans un dossier détruit en 1915.[3]
Le portail, percé sous la tour, porte sur son claveau la date de sa réfection et des initiales1 :

1774

I. I. B.


[1] Epigraphie du Pas-de-Calais – Tome3 – 1918 / Bibliothèque municipale de Boulogne-sur-Mer.

[2] Notice sur Réty par M. Louchet d’Héronval / Archives diocésaines à Arras.

[3] Pierre Héliot : l’église de Réty. Paris 1954 / Annonciades Boulogne-sur-Mer.

 

De part et d’autre du portail, deux consoles rongées par les intempéries, ont été insérées dans la maçonnerie. Celle de gauche, de style gothique, représente un personnage accroupi, revêtu d’une robe longue.[1]
 
Pendant la Révolution, l’église de Réty, quoique dépouillée de tous ses attributs mis à l’abri du vandalisme par des âmes dévouées, n’a jamais cessé d’être regardée comme l’église de la commune ; aucun dégât conséquent n’y est commis et on n’y fait point ou presque point de salpêtre.[2] Il faut dire que M. Verlingue, curé de la commune, a accepté de prêter serment à la Constitution. Il n’en continue pas moins à être respecté et à remplir les fonctions de son ministère, avec les moyens dont il dispose. M. le curé, d’une force herculéenne, n’hésitait pas à faire le coup de poing avec les perturbateurs de l’ordre ; au plus fort de la Révolution, lorsque le maire menace de s’emparer de l’église de Réty, il lui fait la réflexion suivante : "je devrais me mettre à genoux pour vous faire la barbe" qui met fin, sur le champ, au projet néfaste. [3]
Après le rétablissement du culte, en 1802, les fidèles rapportent les ornements et les statues ainsi que quelques aunes de toile pour couvrir les autels, et M. Verlingue reprend ses fonctions comme avant la Révolution.3
Sous le sacerdoce de M. de Caumont, de 1808 à 1835, peu de travaux sont effectués à l’église : le grand autel est refait à neuf ; le clocher est fermé par un plancher (1812) et couvert à nouveau d’un côté (1828) ; enfin, une cloche est refondue (1808 et 1831). Aussi, lorsque M. Louchet d’Héronval arrive à Réty, l’église menace de tomber en ruines : l’eau de pluie y dégringole de tous côtés et des pierres chutent régulièrement sur la tête des fidèles. Il faut dix ans d’efforts pour que l’église retrouve un rang honorable : 4
–          Nettoyage et blanchissage (1835) ;
–          Mise en peinture et dorure par deux peintres employés pendant six semaines (1836) ;
–          Quatre-vingt-dix mètres carrés de toiture en plus mauvais état réparés (1837-1838) ;
–          Réparation des croisées (1839) ;
–          Repavage presqu’entier de l’église (1840) ;
–          Plafond du clocher refait par le curé lui-même (1841) ;
–          Une tribune et un escalier à l’angle nord-est de la croisée bâtis (1842) ;
–          Réparation diverses à la chapelle de la Vierge (1843) ;
–          Remplacement de la charpente et couverture de la toiture avec des ardoises de première qualité (1844-4845) ;
–          Agrandissement de l’église par le rétablissement de la chapelle Saint-Jean, grâce au concours empressé des habitants de Réty qui ont charrié les matériaux des carrières (1845).
D’autres travaux suivent : 4
–          Une sacristie est construite (1857) ;
–          Le petit mobilier est triplé ;
–          Fenêtres et boiseries sont refaites.


[1] L’église de Réty par Pierre Héliot- 1954 / Bibliothèque municipale de Boulogne-sur-Mer.

[2] Questions sur l’histoire des églises du diocèse / Archives diocésaines à Arras.

[3] Notice sur Réty par M. Louchet d’Héronval / Archives diocésaines à Arras.

 

En 1894, sous l’impulsion de l’abbé Oyer, la reconstruction de la nef est envisagée. En attendant, sous la direction de M. Normand, architecte à Arras, un travail considérable est effectué dans le chœur de l’église.
En avril 1902, M. Normand fournit un plan de construction d’une nouvelle nef et un devis de trente-quatre mille trois cent huit francs.
 
Par sept voix contre quatre, le conseil municipal approuve, le 14 septembre 1902, le projet de restauration et l’agrandissement de l’église présenté par M. Normand. Il vote une subvention de deux mille francs à payer sur quatre annuités. M. le curé Oyer offre une somme de vingt-trois mille francs pour cette réalisation … à noter qu’il y englobe les cinq mille francs de matériaux mis, gracieusement, par les carrières, à la disposition de la Fabrique grâce à son intervention auprès des propriétaires concernés (le transport des pierres étant à la charge des habitants bénévoles de Réty). Les deux tiers de la dépense prévue au devis étant réunis, condition nécessaire pour que la commune puisse obtenir une subvention, le conseil municipal de Réty sollicite alors du gouvernement une somme de neuf mille trois cent huit francs pour parfaire le montant nécessaire à l’exécution des travaux.[1] C’est sans compter sur la politique anticléricale du gouvernement d’Emile Combes qui va aboutir sur la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat et qui va enterrer définitivement le projet de rétablissement de la nef de l’église de Réty.
Le 10 septembre 1913, l’église de Réty est classée Monument historique.
Même si elle est épargnée par les deux guerres mondiales, des travaux d’entretien y sont effectués tout au long du XXe siècle.


[1] Délibérations du conseil municipal / Archives communales de Réty.

 

 

 

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