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LA CORRESPONDANCE DE NAPOLEON CONCERNANT AMBLETEUSE

AVANT 1803
 

Paris, 1er août 1801
Au citoyen Savary, aide de camp du premier Consul, à Boulogne
J’ai reçu, Citoyen, votre lettre du 19, expédiée par un courrier extraordinaire. Mon intention n’est pas qu’il y ait autour de Boulogne de camp ni rien de ce qui pourrait réveiller davantage l’attention des Anglais. D’après le compte que vous me rendez, il paraît que l’on est très en mesure.Le général Pille reçoit l’ordre de renforcer la garnison de Boulogne, et de tenir quelques troupes dans les cantonnements voisins, afin qu’elles se trouvent à portée de cette place.J’approuve beaucoup que vous ayez fait augmenter les batteries de côtes. Douze mortiers à la Gomer de 12 pouces sont d’un excellent effet.Boulogne n’a pas besoin d’avoir un petit arsenal, parce qu’il existe à Dunkerque. Il est préférable que de Dunkerque on envoie tout confectionné à Boulogne ce dont cette place aurait besoin.Le contre-amiral Latouche commande toute la flottille; il peut ordonner aux divisions et sections qui sont à Flessingue, au Havre ou à Dunkerque, de le joindre Quand vous aurez visité Ambleteuse, vous verrez que le travail que vous proposez n’est pas si facile. Je désire qu’avant de revenir vous alliez à Calais et à Dunkerque, pour prendre un état exact de tout ce qui est dans ces parts et propre à compléter la flottille. Quant aux bateaux pêcheurs, cet objet est du ressort du ministre. Avant de les réunir, il faut que la flottille prenne un peu couleur.
 1803
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Saint-Cloud, 14juin 1803
 
Au général Dejean
 
Je vous prie, Citoyen Ministre, de me présenter, samedi prochain des projets,
1° Pour faire confectionner 1,200,000 rations de biscuit, qui seraient rendues le 15 vendémiaire à Saint-Omer, et renfermées dans des caisses dont le modèle sera donné par l’inspecteur général de la flottille, le Citoyen Forfait;
2° Pour rassembler à Saint-Omer trois millions de rations d’eau-de-vie, qui devront être contenues dans des barils dont les dimensions seront données par l’inspecteur général de la flottille;
3° Pour faire construire des fours à Boulogne, à Étaples et à Ambleteuse, et faire rétablir les fours à Saint-Omer et dans les places du Nord, en quantité suffisante pour la réunion d’une armée de 80,000 hommes;
4° Pour organiser des hôpitaux pour le service de ces troupes, et préparer à Boulogne tous les magasins nécessaires;
5° Pour assurer les moyens de subsistance, en pain, viande, vin et eau-de-vie, des camps de Gand, Saint-Omer et Compiègne, composés chacun de 25 à 30,000 hommes, pendant tout l’hiver;
6° Pour réunir et confectionner 80,009 capotes et 120,000 paires de souliers, au 1er vendémiaire prochain , afin de distribuer ces fournitures aux troupes et de les mettre à même de faire une campagne d’hiver et de rester cantonnées tout l’hiver.
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Calais, ler juillet 1803
Au consul Cambacérès
J’ai reçu, Citoyen Consul, vos deux courriers. L’extrême fatigue et grande quantité de courses que j’ai faites m’ont empêché de vous expédier mon courrier. D’Abbeville j’ai été déjeuner à Étaples; j’en ai parcouru la baie, et je me suis rendu à Boulogne, où je suis arrivé à dix heures du soir. J’ai employé la journée, depuis trois heures du matin, à visiter à cheval tout le port. J’ai fait sortir les canonnières, qui ont eu un engagement assez vif avec deux frégates anglaises, qui ont fini par s’en aller; une d’elles a laissé une ancre. Aujourd’hui j’ai été déjeuner à Ambleteuse; de là j’ai fait à cheval la tournée des côtes. J’ai trouvé, dans un marais, un point important à mes projets, situé dans l’endroit du cap le plus près de l’Angleterre.J’ai fait l’entrée à Calais à cheval; il est neuf heures; je vais dîner. J’ai vu tous les bâtiments du commerce et de l’État; je me suis embarqué pour aller au fort Rouge; il ne me reste plus qu’à partir demain pour Dunkerque, où je trouverai ma femme, les ministres de l’intérieur et des relations extérieures, et où je resterai trois jours, tant pour me remettre au courant que pour laisser reposer ceux qui m’accompagnent.
 
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Anvers, 20 juillet 1803
ARRÊTÉ
ARTICLE 1er. – L’administration forestière désignera, dans les forêts le plus à portée d’Ambleteuse, Wissant et Gravelines, et notamment dans celle de Gaines, les taillis où l’on pourra exploiter sans délai un million de fascines de 15 pouces de diamètre sur 6 pieds de long, avec les piquets nécessaires à l’emploi de ces fascines.
ART. 2. – Cette exploitation sera faite par les entrepreneurs des travaux ordonnés dans les susdits ports, de manière à être terminée au plus tard dans deux mois.
ART. 3. – Les ministres de la marine et des finances sont chargés de l’exécution du présent arrêté.
 
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Saint-Cloud, 22 août 1803
A l’amiral Bruix
 
Citoyen Amiral Bruix, je vous envoie la composition de la flottille, telle qu’elle me paraît devoir être définitivement arrêtée :Douze divisions de chaloupes canonnières. Chaque division composée de trois sections ou bataillons, chaque bataillon de trois escouades ou neuf chaloupes ou compagnies.Ce qui ferait .324 chaloupes canonnières. Chaque chaloupe canonnière aurait une grande et une petite péniche.Ce qui ferait  324 grandes péniches. et 324 petites péniches. Seize divisions de bateaux canonniers. Chaque division sera composée de la même manière que celles des chaloupes canonnières. Ce qui ferait. 432 bateaux canonniers.  Chaque bateau canonnier aurait une péniche.  Ce qui ferait . 432 péniches.  Quatre divisions de bateaux de pêche, armés en guerre chacun d’une pièce de 24.  Ce qui ferait 112 bateaux de pêche.  60 bateaux de grand échantillon.  Total général de la flottille de guerre : 2,008 bâtiments. Il y aurait 5 ou 600 bateaux de pêche pour porter les non-combattants, les bagages et approvisionnements extraordinaires. Tout nous porte à penser que ces bâtiments seront disponibles avant frimaire, car il y en a un plus grand nombre en construction, et toutes ces constructions sont à près de moitié.  
La première question qui se présente est celle-ci : où placera-t-on tous ces bateaux ?
Ostende aurait deux divisions de chaloupes canonnières , quatre divisions de bateaux de pêche armés de pièces de 24 et six divisions de bateaux canonniers; le tout, avec leurs péniches.   Bâtiments de la flottille de guerre.  Ce qui ferait   722
Ambleteuse aurait une division de chaloupes canonnières, une division de bateaux canonniers; le tout avec  leurs péniches. Ce qui ferait 135
 
bateau cannonier
 
chaloupe cannonière
 
péniche
 
bibliothèque municipale des Annonciades de Boulogne sur mer
Étaples aurait deux divisions de bateaux canonniers  avec leurs péniches. Ce qui ferait. 270  
Total.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
 127
Il n’en resterait donc plus que 8 à 900 à placer à Boulogne.  Faites-moi connaître ce qu’il vous semble de cette distribution, qui n’est qu’un projet, et si Boulogne, Ostende, Ambleteuse et Étaples pourront facilement contenir ce nombre de bâtiments, en y ajoutant quelques parties des 5 à 600 bateaux de la flottille de transport.  Donnez ordre que, parmi les bâtiments canonniers qui doivent se rendre de Dunkerque à Boulogne, il y en ait deux ou trois parfaitement équipés, comme ils doivent l’être pour l’expédition , conformément à l’état ci-joint. Je désire que vous étudiiez les vents et que vous établissiez la ligne que nous devons prendre devant Boulogne. Comme on ne parviendrait jamais à sortir dans une marée un aussi grand nombre de bâtiments, il faudra donc, comme l’a fait le général Latouche, les tenir en rade.
Faites tracer sur un plan l’espace que doivent occuper les chaloupes canonnières, les bateaux canonniers, péniches et convois. Nos bâtiments de grand échantillon seraient très-propres à fortifier cette ligne, ainsi que quelques bombardes. Cette ligne de défense serait parfaite si nous pouvions avoir le fort pour la construction duquel le citoyen Forfait presse. Il pense que les travaux du port seront terminés au 15 vendémiaire (8 octobre 1803), et qu’on pourrait alors mettre une nouvelle activité au fort, qui peut être fini pour le mois de frimaire (décembre), et qui, une fois placé, n’aura rien à craindre des orages. Avant d’établir une chose qui paraît si extraordinaire, je désire que vous voyiez sur les lieux , avec le citoyen Sganzin (Joseph-Mathieu Sganzin, 1750-1837. Inspecteur des Ponts et Chaussées, responsable de l’ensemble des travaux portuaires nécessités par la construction de la flottille de débarquement), où l’on pourrait le placer, si vous croyez à la probabilité de ce projet.  Il est possible que les Anglais viennent attaquer notre flottille une fois en rade, et, s’ils sont battus, comme il y a deux ans, je ne doute pas que leur frayeur ne redouble et ne produise un grand effet dans le pays. Enfin je désire que vous me fassiez connaître l’époque où le port sera fini , ainsi que le fort Rouge, que les Anglais, j’espère, ne nous empêcheront pas de continuer à construire. Dès que le moment sera fixé pour placer la charpente, il faut que le citoyen Sganzin prenne des mesures telles que le canon soit immédiatement placé.  Enfin il me reste à connaître ce que l’on fera au port après que les travaux arrêtés seront achevés, et si l’on pourra sur-le-champ travailler aux barrages et aux écluses de chasse.  Faites-moi connaître si les bois pour la construction du fort Rouge ont été martelés, et s’ils se coupent; et, s’ils ne le sont pas, ce qui s’y oppose. Pourrait-on encore trouver dans les bois, aux environs de Boulogne, de quoi construire le fort du citoyen Forfait ?
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Saint-Cloud, 3 septembre 1803
 
Au général Berthier, ministre de la guerre
 
Je vous Prie, Citoyen Ministre, de donner ordre à la 2le demi brigade de ligne de former ses deux premiers bataillons à 800 hommes chacun, et de se rendre à Boulogne ; le 3e bataillon restera à Nancy.   A la 43e, de former son premier bataillon, également à 800 hommes et de se rendre à Ambleteuse; le 2e et le 3e bataillon resteront où il sont jusqu’à nouvel ordre. Vous donnerez ordre qu’on envoie, en toute diligence , à Ambleteuse, des effets de campement, et vous les ferez partir de la place la plus près. Du moment où ce bataillon sera campé, il jouira du traitement de campagne et fournira, tous les jours, 9,000 ouvriers pour les travaux d’Ambleteuse.  
Donnez ordre à la 18e demi-brigade de ligne de compléter ses deux premiers bataillons à 800 hommes chaque, et de se rendre à Meaux et à la 96e, qui est à Maux, de se rendre à Paris.
Donnez ordre que les 32e et 96e ne fournissent plus de travailleurs au canal de l’Ourcq.
Donnez ordre aux généraux Soult et Davout de partir, le 20, pour se rendre à leur quartier général.
Donnez ordre que l’on commence sur-le-champ, à Boulogne, à former les deux camps. A mesure qu’un corps sera campé, il jouira du traitement de campagne.
Donnez ordre à l’inspecteur en chef aux revues de faire passer la revue des deux bataillons de chaque corps destinés à faire partie des camps; ces revues seront passées au moment de leur arrivée au camp; et, sur cette revue, vous leur ferez payer leur gratification de campagne.
Ordonnez aussi qu’au moment où les troupes camperont on leur distribue des bidons portatifs.
Donnez ordre que le commissaire général parte le 20 fructidor pour se rendre à Saint-Omer, ainsi que le payeur général, etc.
Donnez ordre qu’on choisisse un emplacement à Étaples pour y camper une brigade composée de quatre bataillons de ceux destinés à faire partie du camp de Compiègne. Cette brigade sera arrivée au ler vendémiaire.
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La Malmaison, 17 septembre 1803
Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer
Citoyen Général Soult, je reçois vos lettres des 27 et 29 fructidor. On m’assure ici qu’on travaille aux différents chemins nécessaires aux communications d’Étaples, d’Ambleteuse et de Boulogne. Vous ne me faites pas connaître si vous avez à Boulogne des batteries sur l’angle de 45 degrés, et si les châssis pour affûts de côte ont été envoyés par l’inspecteur général d’artillerie.
 Si la division de six pièces de 24 légères et de six obusiers de pouces n’est pas arrivée, faites-la demander à Douai, car i1 me paraîtra convenable de réunir au cap Grisnez cette division de pièces de 24 et d’obusiers sur l’estran, afin de favoriser le passage de la flottille. Comme il paraît aussi que, d’ici à quelque temps, il n’y aura aucun mouvement de la flottille de Dunkerque à Boulogne, ordonnez au colonel Foy (Maximilein Sébastien, comte Foy, 1775-1825, officier d’artillerie. Bien qu’opposant au consulat à vie, il est chargé de de la défense cotière et de l’artillerie mobile), qui commande les batteries mobiles, de transporter une partie des batteries de Calais à Dunkerque, pour les réunir à Calais et Boulogne, afin que, le long de l’estran et de la plage du cap Grisnez au cap Blancnez, tout soit couvert de pièces de canon portatives. Les obusiers de 8, pouvant porter un obus de 40 livres à plus de 1,000 toises, doivent être d’un très-bon effet..Je désire que, toutes ces dispositions une fois faites, on profite du premier temps favorable pour faire sortir la flottille à six heures du soir, et la diriger sur Boulogne.    Rendez-vous à Calais pour inspecter cette division de la flottille, et faites-moi connaître le résultat de votre inspection, comment sont placés les soldats, et toutes les observations que vous pourrez recueillir de cette première navigation. Il n’y a aucune utilité à placer des mortiers à plaque dans la tour d’Ambleteuse; il vaut mieux établir sur la plage, hors de cette tour, une simple plate-forme : car, contre les vaisseaux, il faut avoir pour principe qu’il est préférable de diviser le feu à le réunir en un seul point. La division qui est à Calais doit avoir un ou deux bâtiments aménagés comme pour la traversée, c’est-à-dire ayant même des chevaux à bord. Vous verrez de quelle manière ces chevaux et ces bâtiments ainsi aménagés se seront comportés. Exigez que, comme à Boulogne, cette division sorte, toutes les marées, lorsque le temps sera favorable. Faites-lui exécuter sur le fort Rouge un simulacre de descente, et voyez si les pièces de 24 se débarquent avec la promptitude dont on m’assure.  Poussez les travaux du génie; sacrifiez tout à être, aux deux forts, au-dessus des hautes marées, afin qu’on puisse placer là des plates-formes de mortiers qui se croisent et des batteries de 36. Dix pièces de 36 sont parties d’Indret, par terre, pour Boulogne. Donnez des ordres à l’artillerie de terre de tenir des affûts prêts.  Le ministre de la guerre doit vous avoir envoyé l’état de la flottille tel qu’il doit être définitivement arrêté.  Les Anglais ont bombardé Granville; la division de bateaux canonniers, ayant à bord la 24 légère, a marché à eux pour tenter l’abordage. Les Anglais ont alors levé l’ancre et ont disparu.
 
Saint-Cloud, 6 octobre 1803
Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer
 
Citoyen Général Soult, j’ai reçu votre croquis sur la petite rivière de Wimereux. Il m’a confirmé dans l’idée qu’il doit y avoir là quelque chose à faire. J’écris donc à l’amiral Bruix d’en faire faire le projet d’un port par le citoyen Sganzin. Ne pourrait-on y mettre à l’abri de l’ennemi que quarante à cinquante bâtiments, ce serait toujours une grande conquête. Faites-moi connaître si l’air y est sain, et quels sont les bâtiments près de ce ruisseau qui pourraient servir à des établissements militaires.  Je suis fort de votre opinion, qu’il vous faut encore dix-huit mortiers. Nous vous en ferons autant qu’il nous sera possible. J’en ferai fondre de nouveaux qui, j’espère, porteront encore plus loin.  Tous vos projets pour le cap Gris-Nez, Calais, Ambleteuse et la rivière de la Canche me paraissent parfaitement entendus.  Toutes les fois que vous me dites sur la manière de placer les pièces à la laisse de basse mer me parait également bien entendu ; j’en verrai le plan avec grand plaisir.  Toutes les fois que vous m’écrirez, envoyez-moi la situation des troupes de votre camp. La 4e doit être arrivée.  Faites-moi connaître le nombre de malades que vous avez eu, corps par corps, depuis le 1er fructidor jusqu’au 1er vendémiaire. Si la 43e a des malades, faites-la remplacer par la 22e de ligne, qui est à Calais, et faites remplacer la 22e de ligne par la 75e, qui est à Saint-Omer. La 43e se rendrait alors à Boulogne pour camper dans sa division.  Deux demi-brigades se rendent à Montreuil, de là à Étaples. Le général Partouneaux et l’ordonnateur du camp de Compiègne s’y rendent à cet effet. Ils seront sous vos ordres jusqu’à ce que l’état-major de ce camp se trouve parfaitement organisé.  Il faut exercer les soldats à nager (au sens de : manier la rame, ramer, bien entendu !). Il faut donc que tous les jours, en se relevant toutes les trois heures, les soldats exercent sur les péniches et les bateaux canonniers, lorsqu’ils peuvent aller en rade, et, lorsqu’ils ne peuvent y aller, dans le port. Dès après-demain je commence à faire nager la Garde sur six péniches. Chaque détachement y restera deux heures, de manière qu’on exercera toute la Garde à pied chaque jour. Un petit sloop français a été pris par une chaloupe anglaise entre Nieuport et Dunkerque. Il n’y avait que trois gendarmes et deux hommes de la 108e sur le rivage, qui n’ont pu faire un feu suffisant pour le défendre. J’avais cependant ordonné qu’il y eût toujours sur la côte des piquets de cavalerie et des pièces mobiles; mais il paraît qu’ils restent en ville. Faites-moi connaître où se placent les piquets et les pièces mobiles; tout cela doit se correspondre, pour être à même de se porter partout. La prise de ce sloop, quelque peu importante qu’elle soit, est un malheur, parce qu’elle prouve peu de surveillance. J’en écris au général Davout. Si 30 hommes avaient pu se trouver là avec leurs carabines, la chaloupe anglaise, qui a eu deux hommes tués par ces cinq seuls hommes, aurait abandonné son projet  
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Boulogne, 7 novembre 1803
Au consul Cambacérès
J’ai passé la journée de dimanche à visiter les nouveaux ports d’Ambleteuse et Wimereux, et à faire manœuvrer les troupes qui s’y trouvent. Les travaux marchent.   Après le combat que nous avons eu, l’ennemi a disparu; il paraît qu’il est allé se ravitailler en Angleterre.   J’ai été visiter aujourd’hui dans le plus grand détail tous les ateliers de la marine; cela est aussi pitoyable qu’il est possible de l’imaginer. Je viens de transformer une caserne en arsenal de la marine. Il faut que j’ordonne tout dans le plus petit détail.  J’ai passé plusieurs heures à inspecter les troupes homme à homme, et à m’assurer par moi-même de la situation des différentes parties. J’ai encore ici de la besogne pour plusieurs jours.
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Paris, 28 novembre 1803
Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer
J’ai reçu vos dernières lettres. Je vous prie de me faire exactement connaître les travailleurs employés aux travaux du port et du bassin à Ambleteuse et à l’arsenal de l’artillerie de la marine. Les temps, qui sont encore contraires, s’opposent sans doute à la réunion des flottilles qui sont dans tous les ports de la Normandie. C’est une raison de plus pour travailler avec la plus grande activité à mettre le port de Boulogne à même de pouvoir les contenir sans embarras. Faites-moi connaître tout ce qui aura été fait depuis mon départ de Boulogne jusqu’au 10 frimaire (2 décembre), ce qui fera quatorze jours; si les magasins de la marine sont réunis à la caserne, et quel est le nombre des forgerons et ouvriers de toute espèce arrivés depuis le 20 brumaire jusqu’au 10 frimaire. Le général Dejean m’assure qu’il y a plus de 60,000 bidons à Saint-Omer. Écrivez pour qu’on vous envoie à Boulogne la quantité nécessaire, et faites-les distribuer à la troupe, et vous chargerez la masse de linge et chaussure de leur entretien. Les Anglais annoncent un nouveau bombardement à Boulogne, dont ils veulent s’approcher davantage. Nous ne pouvons rien désirer de plus heureux.  Faites-moi connaître le nombre de mortiers que vous avez mis en batterie depuis mon départ. On m’avait promis qu’il y aurait de plus quatre mortiers à la Gomer et quatre à plaque.  Faites-moi connaître où en sont les travaux du musoir au 10 frimaire.
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Paris, 7 décembre 1803), 11 heures du soir.
Au contre-amiral Ganteaume, préfet maritime à Toulon
Citoyen Général Ganteaume, vous avez entrevu dans votre lettre ce que je compte faire. Je vais donc m’en expliquer avec vous. Je n’ai pas besoin de vous dire que le secret est tout.   L’Aigle doit se rendre de Cadix à Toulon. Vous ferez de nouveaux efforts, dussiez-vous démolir . . . . . . , pour achever le Neptune ou tout autre, et avoir au moins une escadre de neuf vaisseaux et cinq frégates.  J’aurai bientôt à Rochefort sept vaisseaux et trois frégates en état; j’en aurai à Brest vingt, dont plusieurs à trois ponts. Ce sont ces différentes escadres qu’il faut faire mouvoir pour arriver à la brillante expédition. Voici trois idées, faites-moi connaître votre opinion :
Première idée. L’escadre de Toulon partira le 20 nivôse, arrivera devant Cadix (ou devant Lisbonne), y trouvera l’escadre de Rochefort, continuera sa route, passera, sans connaître terre, entre Brest et les Sorlingues, viendra reconnaître le cap la Hague, et passera quarante-huit heures devant Boulogne; de là continuera sa route, se rendra aux bouches de l’Escaut (il y a là mâts, cordages et tout ce qui lui est nécessaire), ou bien à Cherbourg.
Deuxième idée. L’escadre de Toulon partira le 20 nivôse, se rendra à l’île d’Aix, se joindra avec notre escadre, reprendra la mer et finira sa mission.
Troisième idée. L’escadre de Rochefort partira le 20 nivôse, arrivera le 20 pluviôse à Toulon; les escadres réunies partiront en ventôse et arriveront dans germinal devant Boulogne (c’est un peu tard)  
Dans tous les cas, l’expédition d’Égypte couvrira le départ de l’escadre de Toulon; tout sera mené de manière que Nelson ira tout d’abord à Alexandrie. L’escadre de Brest aura son monde embarqué, prête à partir pour l’Irlande, de manière que Cornwallis sera obligé de serrer la côte et de rester là forcément pour la bloquer. Première question. Laquelle de ces trois idées est la meilleure ?  Deuxième question. En supposant que ce soit la première, vaut-il mieux se réunir à Cadix ou à Lisbonne ?   Troisième question. Avec quatorze à seize vaisseaux et six frégate passera-t-on entre Brest et les Sorlingues sans reconnaître la terre ? A la fin de pluviôse, je serai à Boulogne avec 130,000 homme 2,000 péniches, chaloupes canonnières, bateaux canonniers, ayant en batterie 2,000 pièces de 24 et plus de 1,000 obusiers . . frégates, cutters, chalands, . . . . . . . et, si notre escadre devait se battre (ce que Dieu préserve) devant Boulogne, nous lui donnerions un très-bon et puissant secours.   Étaples, Boulogne, Wimereux, Ambleteuse sont nos quatre seuls ports, tous soumis au même vent, tous près l’un de l’autre; avec des vents favorables, nous ne demandons la présence de l’escadre que pendant douze heures.  Enfin je désire connaître l’opinion de l’amiral Ganteaume sur une autre question :   Vingt vaisseaux peuvent-ils sortir facilement de Brest ? Croit-il qu’ils puissent sortir pour se rendre devant Boulogne, gagnant trois jours sur Cornwallis, ou le trompant, et celui-ci allant chercher l’armée française en Irlande ?   L’amiral Ganteaume sentira que ce courrier doit avoir l’air de lui porter des ordres pour l’armernent de l’Égypte, et qu’il ne le doit garder que vingt-quatre heures, car il faut que je prenne un parti.
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Paris, 17 décembre 1803
Au général Berthier, ministre de la guerre
Nous avons, Citoyen Ministre, un grand besoin de mortiers à Boulogne, Étaples et Ambleteuse. Donnez l’ordre qu’il soit dirigé sur-le-champ sur Boulogne vingt mortiers de12 pouces à la Gomer. Vous pouvez même les tirer, s’il est nécessaire, de Metz et de Strasbourg; mais prenez des mesures pour qu’ils soient remplacés à Strasbourg par de nouvelles fontes avant le ler vendémiaire an XIII. (23 septembre 1804)   Donnez l’ordre qu’on fonde à Douai dix mortiers à la Gomer, ce qui fera trente mortiers ordinaires et à la Gomer, qui devront être rendus à Boulogne le plus tôt possible. Les douze premiers mortiers à plaque qui seront faits auront la destination suivante :  Les quatre premiers seront destinés à défendre la flottille qui serait mouillée dans la rude d’Étaples; Six autres seront destinés à défendre la flottille qui serait mouillée dans la rade d’Ambleteuse;  Et les deux autres, à défendre la flottille qui sera mouillée dans la rade de Wimereux. Ordonnez que le génie, l’artillerie et la marine se concertent pour déterminer l’emplacement des batteries, en déterminant d’abord les points où pourra mouiller la flottille. Un croquis, mesuré géométriquement et sûr, sera levé, d’après les conférences qui auront eu lieu entre un général d’artillerie, un général du génie, et les commissaires de marine nommés par l’amiral, et me sera soumis pour être définitivement approuvé avant le 15 nivôse. (5 janvier 1803)  Je vous prie de faire compulser les différents états des arsenaux, pour savoir s’il y aurait moyen de procurer sur-le-champ dix affûts, soit de côte, soit de place, de 36 pour Boulogne, et trente affûts, de côte on de place, de 36 pour le Havre. Au cas qu’il n’y en ait point, faites-en mettre sur-le-champ en confection à Paris, de manière qu’ils y soient disponibles au ler pluviôse. (21 janvier 1803)
 1804
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La Malmaison, 2 juillet 1804
Au vice-amiral Latouche-Tréville
 
Monsieur Latouche-Tréville, Vice-amiral, le ministre de la guerre donne ordre à deux bataillons d’élite des 2e et 23e régiments de ligne, de s’embarquer sur votre escadre; le 2e régiment de ligne complétera ce qui sera nécessaire pour faire le nombre de 1,600 hommes dont vous avez besoin. Si l’ordre du ministre de la guerre n’est pas arrivé vous pouvez vous concerter avec le commandant de Toulon pour que tout soit mis à votre disposition. J’imagine qu’au moment où vous recevrez ma lettre, vous aurez 10 vaisseaux en rade. Les matelots ne peuvent sérieusement vous arrêter; en désarmant les corvettes et pressant le port de Marseille, vous ne devez pas en manquer.  Avec les 1,600 hommes, d’ailleurs, que la guerre vous fournit, vos vaisseaux se trouvent armés.  Il doit y avoir à Toulon des obus. Exercez vos équipages à en tirer avec des pièces de 36 en n’en faisant usage que lorsqu’on sera à 2 ou 300 toises. Il n’y a point de bonnes raisons, qui empêchent de s’en servir, et quelques obus feront dans le corps d’un bâtiment de plus grands ravages que des boulets. Veillez à ce qu’ils soient chargés de roche à feu. J’ai été fort aise de voir qu’en peu de moments votre escadre avait été à la voile; mais j’ai vu avec peine que vous étiez sorti avec un vaisseau de moins. Par le retour de mon courrier, faites-moi connaître le jour où il vous sera possible, abstraction faite du temps, lever l’ancre. Faites-moi aussi connaître ce que fait l’ennemi, où se tient Nelson. Méditez sur la grande entreprise que vous allez exécuter, et, avant que je signe vos ordres définitifs, faites-moi connaître la manière que vous pensez la plus avantageuse de les exécuter. Je vous ai nommé Grand officier de l’Empire, inspecteur des côtes de la Méditerranée; mais je désire beaucoup que l’opération que vous allez entreprendre me mette à même de vous élever à un tel degré de considération et d’honneurs que vous n’ayez plus rien à désirer.  L’escadre de Rochefort, composée de vaisseaux, dont un à trois ponts, et de 4 frégates, est prête à lever l’ancre; elle n’a devant que 5 vaisseaux ennemis L’escadre de Brest est de 21 vaisseaux; ces vaisseaux viennent de lever l’ancre pour harceler l’ennemi et l’obliger à avoir là un grand nombre de vaisseaux. Les ennemis tiennent aussi 6 vaisseaux devant Texel, et y bloquent l’escadre hollandaise, forte de 3 vaisseaux, 4 frégates, et d’un convoi de 30 bâtiments, où le général Marmont a son armée embarquée.  Entre Étaples, Boulogne, Wimereux et Ambleteuse, deux nouveaux ports que j’ai fait construire, nous avons 1,800 chaloupes canonnières, bateaux canonniers, péniches, etc., portant 120,000 hommes et 10,000 chevaux. Que nous soyons maîtres du détroit six heures, et nous serons maîtres du monde !  les ennemis ont devant Boulogne, devant Ostende et aux Dunes, 2 vaisseaux de 74, 3 de 64, et 2 ou 3 de 50. Jusqu’ici l’amiral Cornwallis n’aeu que 15 vaisseaux; mais toutes les réserves de Plymouth et de Portsmouth sont venues le renforcer devant Brest.  Les ennemis tiennent aussi à Cork, en Irlande, 4 ou 5 vaisseaux de guerre; je ne parle pas de frégates et de petits bâtiments, dont ils ont une grande quantité. Si vous trompez Nelson, il ira en Sicile, ou en Égypte, on au Ferrol. Je ne pense donc pas qu’il faille se présenter devant le Ferrol; des 5 vaisseaux qui sont dans ce port, 4 seulement sont prêts; le cinquième le sera cependant en fructidor; mais je pense que le Ferrol est trop indiqué, et il est si naturel que l’on suppose, si votre escadre sort de la Méditerranée dans l’Océan, qu’elle est destinée à débloquer le Ferrol ! Il paraîtrait donc meilleur de passer très au large, d’arriver devant Rochefort, ce qui vous ferait une escadre de 16 vaisseaux et de 11 frégates, et alors, sans mouiller, sans perdre un seul instant, soit en doublant l’Irlande très au large, soit en exécutant le premier projet, arriver devant Boulogne. Notre escadre de Brest, forte de 23 vaisseaux, aura à son bord une armée et sera tous les jours à la voile, de manière que Cornwallis sera obligé de serrer la côte de Bretagne pour tâcher de s’opposer à sa sortie. Du reste, pour fixer mes idées sur cette opération qui a des chances, mais dont la réussite offre des résultats si immenses, j’attends le projet que vous m’avez annoncé, et que vous m’enverrez par le retour de mon courrier. Il faut embarquer le plus de vivres possible, afin que dans aucune circonstance vous ne soyez gêné par rien.  A la fin du mois on va lancer un nouveau vaisseau à Rochefort et un à Lorient; il serait possible qu’ils fussent prêts; celui de Rochefort n’offre lieu à aucune question; mais si celui de Lorient était en rade et n’eût pas eu la facilité de se rendre avant votre apparition devant l’île d’Aix, je désire savoir si vous pensez que vous dussiez faire route pour le joindre. Toutefois, je pense qu’en sortant par un bon mistral il est préférable à tout de faire l’opération avant l’hiver; car, dans la mauvaise saison, il serait possible que vous eussiez plus de chances pour arriver; mais il se pourrait qu’il y eût plusieurs jours tels qu’on ne pût profiter de votre arrivée. En supposant que vous pussiez partir avant le 10 thermidor, il est probable que vous n’arriverez devant Boulogne que dans le courant de septembre, moment où les nuits sont déjà raisonnablement longues et où les temps ne sont pas longtemps mauvais.
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Pont-de-Briques, 1er août 1804
A M. Cambacérès
Mon Cousin, j’ai passé la journée d’hier à Ambleteuse, où j’ai vu défiler en présence de l’escadre anglaise une division de la flottille venant de Calais. Le temps s’est remis au beau. Je désire savoir s’il en est de même aux environs de Paris, et quelle influence les dernières pluies auront pu avoir sur la récolte.
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Aix-la-Chapelle, 9 septembre 1804
A l’amiral Bruix
Monsieur l’Amiral Bruix, il m’a paru que la manière la plus convenable d’organiser la flottille de guerre était de la partager en sept escadrilles égales en nombre, c’est-à-dire formant chacune 108 bâtiments. Il m’a paru également qu’il était utile de composer chaque escadrille de bâtiments de chaque espèce par tiers. Par ce moyen, la ligne d’embossage, qui est supposée être l’ordre naturel du départ, se trouvera rangée conformément à l’organisation. Elle sera formée sur quatre lignes : la première de péniches, la deuxième de chaloupes canonnières, la troisième de bateaux canonniers, la quatrième de bâtiments de transport. Lorsqu’on sortirait pour évoluer sans bâtiments de transport, les péniches mouilleraient à la troisième ligne, au lieu de mouiller à la première. Les escadrilles se trouvent égales entre elles, hormis deux, qui sont composées de bateaux canonniers au lieu de chaloupes, parce que nous avons un plus grand nombre des premiers que des dernières. Toute l’armée se trouve ainsi avoir sa destination. La division italienne s’embarquera sur les corvettes de pêche et partira de Calais. L’armée du camp de Bruges s’embarquera sur la flottille hollandaise et viendra, en dernière analyse, se placer à Ambleteuse.   Telles sont les dispositions définitives que j’ai cru devoir adopter, parce qu’elles m’ont paru préférables sous plusieurs points de vue. Organisez sur ce principe tout ce que vous avez, et faites placer les bâtiments dans les ports, en les faisant mouiller. Faites-les sortir par escadrille ou par deux escadrilles, ce qui forme une aile.   Il y aura donc, à Boulogne, 108 chaloupes canonnières, 180 bateaux canonniers et 144 péniches, en tout 432 bâtiments, dont la sortie ne peut être difficile. Il y aura à Wimereux 108 bâtiments, dont la sortie en une marée est facile, et que ce port peut contenir. Il y aura à Étaples 216 bâtiments. Il faudrait sur-le-champ ordonner la construction du pont qui a été demandé dans ce port; mais il faudrait qu’il fût extrêmement léger, afin qu’il coûtât moins et qu’il pût être fait promptement. Il suffirait que deux hommes puissent y passer de front. Quant aux bâtiments de transport, ils seront également partagés eu sept parties, chaque partie attachée à une escadrille. C’est à vous actuellement à faire votre tactique. Il est impossible de parler à chaque bâtiment; mais on peut parler à chaque nature de bâtiment, ensuite à chaque division et même à chaque section. Je vais partir d’Aix-la-Chapelle; je serai de retour dans quinze jours à Boulogne. Je désirerais que pour ce temps-là chaque escadrille fût organisée, et que les fonds en fussent formés et prêts à recevoir ce qui pourrait leur manquer, lorsque la flottille du Havre sera arrivée.
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Paris, 15 novembre 1804
NOTES POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.
PREMIÈRE NOTE
Le ministre de l’intérieur est invité à proposer les moyens à adopter pour former un village à Wimereux et à Ambleteuse. Les ports établis dans ces deux endroits y attireront nécessairement des habitants, qui bâtiraient sans régularité. Il serait en conséquence convenable de dresser le plan de chacun de ces villages pour régler les constructions et leur alignement.  Le ministre examinera quelles sont les fabriques dont on pourrait favoriser l’établissement pour entretenir la population de ces villages. Le but que Sa Majesté se propose n’est pas seulement de favoriser cette population, mais encore d’obtenir des résultats qui concourraient à indemniser de la dépense qu’occasionnera l’entretien de ces ports.  
DEUXIÈME NOTE
Les budgets de la Dyle et de la Lys seront renvoyés an ministre, afin qu’il les compare avec ceux de Bruxelles et de Bruges. Il en sera de même du budget de Marseille, pour le comparer au budget des Bouches-du-Rhône, qui n’est pas encore dressé.  Le ministre examinera s’il ne conviendrait pas que les budgets du département de la Seine et de la ville de Paris pour l’an XIV ne formassent qu’un seul et même objet.
TROISIÈME NOTE
L’inspecteur en chef Mains, assisté d’un sous-inspecteur aux revues, sera mis à la disposition du ministre de l’intérieur.  Cet inspecteur en chef vérifiera la comptabilité des hôpitaux, hospices d’enfants trouvés et maisons de détention du département de la Seine. Il passera une revue en règle du nombre des journées pendant l’an XII dans chacun de ces établissements. Il comptera lui-même les individus présents au moment de son inspection, et il n’admettra comme présents que ceux qu’il aura vus et comptés. Il exigera, en conséquence, que les enfants trouvés distribués dans les campagnes soient, autant qu’il sera possible, transportés à Paris, pour être compris comme présents dans la revue.  Le ministre fera connaître aux personnes qui administrent ces établissements que cette mesure n’est inspirée par aucun doute sur l’exactitude et la sévérité de leur administration , mais qu’elle entre dans des dispositions générales ordonnées pour tout l’Empire.  
 1805
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Paris, 27 février 1805
Au maréchal Soult
Mon Cousin, huit jours au plus lard après votre arrivée, je désire que vous me fassiez connaître, par un mémoire très-détaillé, la situation du fort en bois, du bassin et du port de Boulogne, de celui de Wimereux et d’Ambleteuse, et la situation des divisions des différentes ailes de la flottille, et quelle espèce de difficultés on pourrait éprouver pour les mettre à la mer. Faites-moi aussi connaître la situation de tous les magasins de réserve; également la situation de l’artillerie, l’endroit où elle se trouve. Mettez-moi à même de connaître la situation de l’armée, car le temps n’est pas éloigné où nous commencerons enfin nos opérations.
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La Malmaison, 11 mars 1805
Au vice-amiral Decrès
Faites-moi connaître la situation actuelle de la flottille, ce qui manque pour qu’elle soit complète, et donnez des ordres au Havre, Anvers et Ostende, afin que le complément ait lieu le plus tôt possible. Faites que les différents commandants des divisions à Boulogne rendent compte de la situation de leurs bâtiments, en remplaçant les plus mauvais par de meilleurs, et mettant au dépôt et séparément les plus mauvais. Là, elles prendront des renseignements du commandant du Sénégal, et iront croiser sur la côte d’Afrique, devant Sierra-Leone, aux Açores, devant l’île de Madère, sur la route de Sainte-Hélène à Cayenne, vis-à-vis Surinam, et partout où elles jugeraient qu’elles auraient du mal à faire à l’ennemi. Nommez un officier entreprenant et hardi pour cette croisière. Vous me présenterez mardi, à sept heures du soir, les instructions à signer pour ces deux frégates.  Je désirerais que la Pomone, qui est en Corse, si vous la jugez suffisamment équipée, se rendît dans le golfe de Saint-Florent, pour y embarquer 300 conscrits de la Corse, qu’elle portera à Toulon ou sur un point quelconque de la côte. Je désirerais que la Muiron, ou une grosse flûte de Toulon, assez forte cependant pour n’avoir rien à craindre d’un petit brick, se rendit à Ajaccio, d’où elle ramènerait 300 conscrits du pays. L’une et l’autre seront porteurs de lettres à Morand pour leur destination. Qu’il ne reste pas plus de quinze jours; qu’il fasse passer le plus de conscrits possible, des hommes de bonne volonté, ou qui voudraient faire partie de Boulogne. Cela a l’avantage d’avoir de bons soldats et d’ôter des fainéants qui ôteront tentation aux recruteurs anglais. Essayez aussi de vous procurer une centaine de matelots. Un officier de marine nommé Léger, qui depuis dix ans ne sert point, a été assez ridicule pour me demander à être contre-amiral. Je n’ai pu lui dissimuler mon mépris sur une demande si déplacée. Faites-le-lui sentir, et donnez-lui dans son grade une destination pour qu’il ne reste pas sur le pavé de Paris. Donner l’ordre à Ver Huell de faire passer à Dunkerque la troisième partie de la flottille batave qui est à Ostende, et de faire passer à Ambleteuse la première partie de la flottille batave qui est à Dunkerque.
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La Malmaison, 15 mars 1805
Au général Savary
Monsieur le Général de division Savary, mon Aide de camp, vous partirez dans la journée, en toute diligence, pour Bruxelles. Les pièces ci-jointes vous feront connaître l’objet de votre mission. Vous irez voir le président de la cour criminelle et le procureur impérial, et, sans faire aucun nouvel éclat, ni laisser pénétrer le but de votre voyage, vous recueillerez les renseignements convenables qui me mettent à même d’avoir une idée précise sur cette affaire, ainsi que sur la nécessité des mesures que l’on propose.  vous irez aussi à mon château de Laeken, pour voir dans quelle situation sont les travaux. Vous irez de là à Anvers; vous y visiterez dans le plus grand détail l’arsenal, les chantiers de construction, les magasins, les chaloupes canonnières et autres bâtiments de la flottille qui s’y trouvent en armement.  Vous reviendrez par Bruges, Ostende, Dunkerque, Calais, Ambleteuse, Wimereux et Boulogne. Vous resterez dans chacune de ces villes le temps nécessaire pour bien voir la situation de l’armée de terre et de mer, et vous mettre à même de me rendre compte de tout ce qui peut m’intéresser.  
Vous m’écrirez de Bruxelles sur l’affaire des garrotteurs, et de chacune des autres villes sur tout ce qui a rapport à votre mission. Vous causerez avec le général Davout et les autres généraux, et toujours dans ce sens, que je compte que l’armée et la flottille ne cessent pas d’être maintenues sur un pied respectable et dans la meilleure discipline.
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Alexandrie, 7 mai 1805
 
Au vice-amiral Decrès
Monsieur Decrès, je reçois votre lettre du 12 floréal. Il parait que vous avez reçu des dépêches télégraphiques du 11, et que l’escadre de Brest n’était pas partie; cependant les dépêches du 10 annonçaient que l’ennemi s’était éloigné, et faisaient espérer que l’escadre aurait pu sortir. Envoyez-moi copie de toutes les dépêches que vous avez envoyées par le Président.   Ordonnez une presse de matelots à Bordeaux; vous aurez alors de quoi armer la Thétis. Mon intention est que toute la flottille batave, chaloupes canonnières et bateaux canonniers, soit réunie à Ambleteuse. Les corvettes de pêche doivent rester à Calais avec une portion des écuries. La question n’est point de savoir si les travaux qu’on fait dans la cuvette d’Ambleteuse se comblent ou non, mais bien si cette cuvette contenir des bateaux. Je pense donc qu’il faut ordonner ce travail, afin que la flottille batave soit contenue tout entière dans ce port.  Une fois l’année passée et l’expédition terminée, nous n’aurons plus besoin de tous ces ports de campagne.   Il paraît, par la dépêche télégraphique ci-jointe, que l’escadre de Brest aurait pu sortir.Je vous avais ordonné d’envoyer en Corse des frégates pour ramener des conscrits et des marins. L’ennemi ne tient plus la mer actuellement dans ces parages; faites-moi connaître si mes ordres sont exécutés.  Je désire que vous m’envoyiez un journal des forces que les Anglais tiennent devant Rochefort, Lorient, Toulon et Marseille.
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Troyes, 3 avril 1805
Au maréchal Davout, commandant le camp de Bruges
Mon Cousin, je viens d’appeler 5,000 conscrits de la réserve de fan XII destinés au recrutement des corps des trois camps. J’ai avantagé votre camp, en conséquence des maladies que vous avez eues. Je ferai également, dans le courant de germinal, un appel des 15,000 hommes de la réserve de l’an XIII. Ainsi tous vos corps seront portés à 1,000 hommes par bataillon. Il est nécessaire, sans écrire officiellement, d’avertir les colonels, pour qu’ils aient de quoi habiller promptement ces hommes, au moins en vestes et culottes.   Je désire que vous vous rendiez à Ambleteuse. Les ingénieurs m’ont assuré qu’avec une dépense de 40,000 francs on remettrait ce port dans l’état où il était, et qu’il y aurait plus d’eau qu’à Boulogne. Voyez ce qu’il en est. Je pense que le major général aura donné des ordres pour qu’au moment de l’arrivée de votre division à Ambleteuse votre commandement s’étende jusque-là. Je vois , par l’état de la flottille batave, que vous êtes très-mal et que vous n’avez pas d’équipages. Écrivez à l’amiral Ver Huell qu’il fasse son possible pour que vous ayez les moyens d’embarquer vos équipages et vos chevaux d’état-major conformément à la lettre que le major général a dû vous écrire. Le plus important est de faire équiper promptement vos écuries et de les faire venir toutes à Dunkerque; appliquez-vous principalement à les tenir prêtes.
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Stupinigi, 26 avril 1805
Au maréchal Davout, commandant le camp de Bruges
Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 27 germinal. J’ai donné des ordres pour faire nettoyer non-seulement le bassin, mais encore la cunette, et mettre le port d’Ambleteuse dans le cas de contenir la flottille batave. J’apprends avec plaisir, par votre dépêche, que les matelots bataves arrivent. Ce qui m’importe le plus, ce sont les écuries; n’oubliez pas les installations, et faites placer les équipages aux écuries : ils doivent être du premier intérêt dans la flottille de transport. Ne vous laissez point endormir par les apparences. Vous connaissez assez le pays pour savoir qu’on peut mettre deux mois pour aller à Milan, mais mettre très-peu de jours pour revenir de Milan à Boulogne. ——————————————————————————————————————————————————
 Milan, 3 juin 1805
Au vice-amiral Decrès
Monsieur Decrès, j’ai reçu votre état de la marine au ler prairial. Cet état est fait de fantaisie, et dès lors je ne puis calculer dessus. Je dis que cet état est fait de fantaisie, parce qu’au premier coup d’œil me paraît inexact. Toutes les divisions de bateaux sont portées comme si tous pouvaient porter 36 chevaux; cependant il est à ma connaissance qu’un grand nombre, par vétusté ou autre motif, ne peuvent pas en porter. Les corvettes de pèche sont portées comme pouvant toutes contenir 2 chevaux, ce qu’encore ma mémoire accuse de faux. Ainsi, je vois que ce sont des états copiés et faits d’après ce que les choses devraient être, mais non d’après ce qu’elles sont. J’ai besoin d’avoir un état exact de tout ce qui peut sortir au premier coup de sifflet. Toutes les écuries ont-elles l’eau nécessaire ? Mon intention est d’embarquer 3,000 chevaux d’artillerie, savoir : 1,800 sur les écuries attachées aux escadrilles, 700 sur les bateaux, 300 sur les prames et 150 sur les corvettes de pèche. Pour la cavalerie, l’on embarquera 1,800 chevaux pour la réserve destinée à Calais, 700 pour ma Garde sur les escadrilles, et 300 sur les prames pour ma Garde, ce qui fera 1,000 chevaux pour ma Garde. Ainsi il faut à la 7e escadrille, 13e division, au lieu de "réserve", mettre "Garde", et à la 14e division, au lieu de "réserve", mettre " Garde" , à la 8e escadrille, 15e division, au lieu de "réserve", mettre "artillerie". Les 3e et 8e régiments de hussards, les 10e et 11e de chasseurs, embarqueront environ 1,100 chevaux sur les bâtiments des escadrilles qui leur sont désignés; ainsi, indépendamment de la flottille batave, j’aurai 3,000 chevaux d’artillerie et 4,000 de cavalerie. Si les circonstances me le permettent , je ferai retourner les écuries pour embarquer le même nombre de chevaux d’artillerie et de cavalerie. Je vous dis cela pour que, si vous avez quelques dispositions à faire en conséquence de cela, vous les fassiez; car j’aurai 7,000 autres chevaux tout prêts à embarquer sur la côte. Envoyez-moi le même état pour la flottille batave, et pressez pour que tout se rende à Ambleteuse. ——————————————————————————————————————————————————
 Mantoue, 20 juin 1805
Au maréchal Berthier
Il faut vous mettre au fait de l’organisation de la flottille. Demandez aux généraux Ney et Davout leurs dispositions pour l’embarquement, comme vous verrez que Soult l’a fait par l’état ci-joint, et, lorsqu vous l’aurez ainsi arrangé, vous me le remettrez sous les yeux. Je désirerais que vous partissiez le 16 de Paris pour Boulogne, Étaples, Dunkerque; voir les troupes, pour l’inspection des troupes et pour remplir tous les états. Vous me proposerez les difficultés qui pourraient survenir; j’y répondrai.   Je n’embarque point de chevaux pour la garde impériale, point pour la gendarmerie; ces deux, corps, ainsi que les sapeurs et mineurs, seront répartis sur toutes les escadrilles. Il ne vous échappera pas que les compagnies sont de 130 hommes. Cependant Soult n’y porte que des compagnies de 90 hommes; il y aura encore de la place pour 40 hommes et des canons, ce qui laisse de la marge pour le remplissage.  La division d’Oudinot doit s’embarquer sur la 8e escadrille. Il a, il est vrai, sept régiments avec des bataillons de six compagnies. Il doit donc y avoir à Ambleteuse, entre les 7e et 8e escadrilles, de quoi embarquer la garde impériale, les divisions Gazan et Oudinot, qui forment l’avant-garde. Les Italiens qui doivent s’embarquer sur les corvettes de pèche laisseront des bâtiments vacants; ils ne sont que six bataillons, et il y a de quoi en embarquer neuf sur les corvettes de pêche. On pourra donc embarquer une partie de la division des dragons à pied; une partie pourra être aussi embarquée à Calais, même sur les écuries. Les écuries de la réserve peuvent embarquer 1,800 chevaux et plus de 3,000 personnes. Il est nécessaire que vous vous occupiez de ces détails avec le plus grand soin. Que le général Songis et Petiet aient tous les états en règle. Si vous aviez la copie de Soult, renvoyez-moi la mienne, toujours bonne à avoir.
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Saint-Cloud, 26 juillet 1805
Au vice-amiral Villeneuve
Monsieur l’Amiral Villeneuve, j’ai appris votre arrivée à la Martinique; et les nouvelles qui me sont parvenues d’Angleterre m’ont appris que vous en étiez parti le 16 prairial. Après tout ce que j’ai pu comprendre, le contre-amiral Magon, que j’avais expédié avec deux vaisseaux de ligne pour vous renforcer, et avec de nouvelles instructions, sera arrivé à la Martinique quelques jours après votre départ. Cela étant, vous vous serez rendu à Santiago , et, après y avoir croisé pendant vingt jours, vous vous serez porté sur Cadix.  Mon intention est que vous ralliiez à Cadix les vaisseaux espagnols qui s’y trouvent, que vous débarquiez vos malades, et que, sans séjourner à Cadix plus de quatre jours au plus, vous remettiez à la voile, vous vous reportiez sur le Ferrol, vous vous joigniez aux 15 vaisseaux combinés qui sont dans cette rade, et qu’avec toutes ces forces réunies vous vous portiez devant Brest, et de là devant Boulogne, où, si vous me rendez maître pendant le seul espace de trois jours du Pas-de-Calais, et avec l’aide de Dieu, je mettrai un terme aux destins et à l’existence de l’Angleterre. Si vous ne trouvez pas à Cadix le capitaine Allemand parti de Rochefort avec 5 vaisseaux de ligne, dont 1 à trois ponts, et 3 frégates, il est possible que vous le rencontriez sur la route de Cadix au Ferrol, lui ayant donné l’ordre d’aller à Cadix, en attaquant la côte d’Afrique.   Dans ce cas, vous trouverez au Ferrol des instructions qui vous feront connaître la station de l’escadre aux ordres du capitaine Allemand, derrière le Ferrol, et vous la rallierez, s’il vous est possible. Les 15 vaisseaux qui sont au Ferrol sont approvisionnés pour six mois; ils pourront donc facilement vous donner des vivres; l’escadre de Brest est également approvisionnée pour six mois, et il y a, indépendamment, des vivres pour votre escadre pendant deux mois, chargés sur des flûtes. Il y en a à Cherbourg et à Boulogne. M. Le Roy, mon commissaire des relations commerciales à Cadix, et l’amiral espagnol vous fourniront à Cadix tous les vivres possibles. Je compte sur votre zèle pour mon service, sur votre amour pour la patrie, et sur votre haine pour cette puissance qui nous opprime depuis quarante générations , et qu’un peu d’audace et de persévérance de votre part vont faire rentrer pour jamais au rang des petites puissances.  150,000 hommes, un équipage complet, sont embarqués à Boulogne, Étaples, Wimereux et Ambleteuse, sur 2,000 bâtiments de la flottille, qui, en dépit des croisières anglaises, ne forment qu’une seule ligne d’embossage dans toutes les rades, depuis Étaples jusqu’au cap Gris-Nez. Votre seul passage nous rend, sans chances, maîtres de l’Angleterre.
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Camp de Boulogne, 26 août 1805
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, préparez des ordres pour le général Marmont et pour le maréchal Bernadotte.
Le général Marmont se mettra en marche avec tout son corps fort de 20,000 hommes, tout son matériel d’artillerie et le plus d’approvisionnements de guerre qu’il pourra emporter. Il se rendra à Mayence : il lui faut quatorze jours de marche. Cet ordre sera expédié le 9, après m’en avoir demandé l’autorisation à dix heures du soir; il arrivera le 12; le général Marmont partira le 14 et sera arrivé à Mayence le 28. Il marchera à la fois, par trois routes, de manière que tout son corps soit réuni à  Mayence avant 30 fructidor. Il fera verser la solde dans les caisses des quartiers-maîtres de son corps jusqu’au 1er brumaire.  Vous me présenterez égalem,ent le 9, à dix heures du soir les ordres pour le maréchal Bernadotte. Vous lui ordonnerez de se réunir à Göttingen. Le courrier ne sera pas arrivé avant le 14. Le maréchal Bernadotte partira le 15 ; il lui faut quatre jours de marche pour se réunir à Göttingen. Recommandez-lui de lever le plus de chevaux d’équipages et de fournir à son corps d’armée le plus d’approvisionnements de guerre et d’artillerie qu’il pourra.  Vous me présenterez également le 9, à dix heures du soir, les ordres pour l’Italie, c’est-à-dire, le départ de tous les corps qui doivent composer la 4e et la 5e division et qui sont en Piémont et à Gênes, pour Brescia , ainsi que tous les régiments d’artillerie, de chasseurs, de dragons et cavalerie qui se trouvent en Piémont. Faites armer et approvisionner sur-le-champ les citadelles de Turin et d’Alexandrie, que mon intention est de garder cette campagne, puisque Alexandrie ne peut pas encore remplir mon but. Votre ordre arrivera le 14; ainsi, avant le 30, tout sera prêt à Brescia.  Vous me présenterez également le 9, à dix heures du soir, l’ordre de mettre en route la première division du corps du maréchal Davout par une des routes de gauche, la première division du corps du maréchal Soult par une des routes du milieu, et la première division du corps du maréchal Ney par une des routes de droite. Ce premier mouvement se fera le 10; le 12 partiront les deuxièmes divisions, et le 13 les troisièmes : et comme il faut vingt-quatre jours de marche pour se rendre sur le Rhin , elles y arriveront pour le 1er vendémiaire. Chaque corps d’armée laissera un régiment, savoir : le corps du centre, le 72e; le corps de droite, le 2le d’infanterie légère, et le corps de gauche, le régiment qui est le plus faible et qui a le plus de conscrits. Les 3e bataillons de ces régiments viendront les joindre au camp; indépendamment de ces bataillons, trois 3e bataillons des corps de la droite se rendront au camp d’Ambleteuse; six 3e bataillons des corps du centre se rendront à Boulogne; et un 3e bataillon du corps de la gauche se rendra à Étaples. Par ce moyen, il restera au camp neuf bataillons entiers, et dix 3e bataillons, ce qui fera dix-neuf bataillons.  La division Gazan et la 4e division du centre partiront par les deux meilleures routes, immédiatement après les autres divisions. Vous ordonnerez de donner sur-le-champ, des magasins, à chaque soldat de la division Gazan, la troisième paire de souliers, comme l’a eue toute l’armée.  Vous ordonnerez qu’on fasse partir de Metz des effets de campement pour Strasbourg, de manière qu’au 1er vendémiaire on ait de quoi tenter(mettre sous la tente) 80,000 hommes. Chaque division partira avec son artillerie, personnel, matériel et attelages, à moins que le premier inspecteur ne garantisse avoir le matériel à Strasbourg. Vous aurez soin qu’avant de partir on ait chargé tous les fusils et que chacun parte bien armé.  Les sapeurs, les officiers du génie, les commissaires des guerre les administrations, etc. , tout restera organisé comme il l’est. L’administration partira en règle après la 2e division. Vous aurez une conférence avec M. Petiet, pour que la manière dont l’armée doit être nourrie soit bien déterminée; mon intention est qu’elle le soit par les mêmes administrations; aussi bien dans trois mois puis-je faire une contre-marche.   Le prince Murat sera nommé lieutenant de l’Empereur, commandant en chef de l’armée en l’absence de Sa Majesté. Vous me présenterez aussi, le même jour, un ordre au prince Murat d’être rendu à Strasbourg le 24 fructidor, pour commander en l’absence de l’Empereur. Vous nommerez le général Sanson chef de votre bureau topographique. Il préparera les cartes relatives au théâtre de la guerre en Allemagne et en Italie. Vous vous concerterez avec le ministre la marine, pour me présenter, aussi le 9 au soir, un projet de décret pour que la flottille d’Étaples et de Wimereux soit transportée à Boulogne, excepté une division de chaloupes canonnières. Cependant, si la flottille d’Étaples pouvait remonter jusques auprès de Montreuil, je préférerais la placer là, et que toute la flottille de Boulogne, excepté les prames et les chaloupes canonnières, soit conservée à flot au delà du barrage. Que les vivres et les munitions, et tout ce qui pourrait péricliter, soient transportés au château de Boulogne; que huit compagnies d’artillerie, qui sont à Douai, viennent ici pour le service des côtes. Vous laisserez un corps de gendarmerie pour empêcher la désertion des matelots, qui tous sont armés de fusils et feront le service, sous le commandement de leurs officiers, pour défendre la flottille jusqu’au retour de l’armée. Un général de brigade commandera à Étaples, un à Ambleteuse et un à Boulogne. Un général de division commandera tout l’arrondissement de l’armée depuis et y compris Gravelines, jusqu’à la Somme. Il sera laissé à Boulogne une compagnie d’artillerie légère avec deux batteries mobiles. L’unique soin du général de division sera de veiller à la sûreté de la côte et des ports et à la conservation des camps. Peut-être serait-il aussi convenable d’enfermer à Boulogne la flottille batave afin qu’il n’y ait que ce point à garder, ce qui n’empêcherait pas de laisser la même disposition aux troupes, d’après la facilité de transporter d’Ambleteuse à Boulogne. Jusqu’à nouvel ordre et jusqu’à l’arrivée des 3e bataillons, la division italienne campera à Boulogne; elle recevra l’ordre de rejoindre la grande armée lorsque les 3e bataillons commenceront à être fortifiés de conscrits. Le général Taviel restera à Boulogne pour commander les batteries. Les 500 hommes des canonniers de la marine y resteront aussi pour ce service. Les places de Dunkerque, Gravelines, Calais, la haute ville de Boulogne, seront, seront armées comme il convient en temps de guerre.
Faites partir, le 10 au matin, la division de cavalerie légère que commandait le général Broussier; envoyez-la sur Spire par la quatrième route, de manière qu’elle ne gêne pas les trois grandes routes de l’armée.   Les trois bataillons qui se rendront à Ambleteuse sont le 3e du 23e de ligne, les deux du 17e. Il suffit que ces corps soient rendus à Boulogne avant le 15 fructidor. Le 21e d’infanterie campera le plus près possible des vaisseaux.   Les six bataillons destinés à Boulogne sont le 3e du 36e, le 3e du 45e, le 3e du 55e, le 3e du 46e, le 3e du 28e et le 3e du 65e.  Les trois régiments italiens viendront, le le à Boulogne, au camp de gauche : ils y resteront jusqu’à nouvel ordre, c’est-à-dire jusqu’à ce que les dix-neuf bataillons soient bien organisés et un peu renforcés.  Il y aura deux compagnies d’artillerie fortes au moins de 120 hommes, toutes deux à Ambleteuse; deux compagnies pour la droite de Boulogne; deux compagnies pour la gauche; deux compagnies pour Étaples. Le général d’artillerie désignera les compagnies; ce ne devront pas être celles destinées à l’expédition.   Le général Taviel commandera l’artillerie. Il aura quatre officiers supérieurs d’artillerie, campés un au camp de droite de Boulogne, un au camp de gauche, un à Ambleteuse et un à Étaples.
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Saint-Cloud, 13 septembre 1805 (date présumée)
NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE.
QUEL A ÉTÉ MON BUT DANS LA CRÉATION DE LA FLOTTILLE DE BOULOGNE.
 
ARTICLE 1er. – Je voulais réunir 40 ou 50 vaisseaux de guerre dans le port de la Martinique, par des opérations combinées de Toulon, de Cadix, du Ferrol et de Brest; les faire revenir tout d’un coup sur Boulogne; me trouver pendant quinze jours maître de la mer; avoir 150,000 hommes et 10,000 chevaux campés sur cette côte, 3 on 4,000 bâtiments de flottille, et aussitôt le signal de l’arrivée de mon escadre, débarquer en Angleterre, m’emparer de Londres et de la Tamise. Ce projet a manqué de réussir. Si l’amiral Villeneuve, au lieu d’entrer au Ferrol, se fût contenté de rallier l’escadre espagnole, et eût fait voile sur Brest pour s’y réunir avec l’amiral Ganteaume, mon armée débarquait, et c’en était fait de l’Angleterre.
ART. 2. – Pour faire réussir ce projet, il fallait réunir 150,000 hommes à Boulogne, y avoir 4,000 bâtiments de flottille, un immense matériel; embarquer tout cela, et pourtant empêcher l’ennemi de se douter de mon projet : cela paraissait impossible. Si j’y ai réussi, c’est en faisant l’inverse de ce qu’il semblait qu’il fallait faire. Si 50 vaisseaux de ligne devaient venir protéger le passage de l’armée en Angleterre, il n’y avait besoin d’avoir à Boulogne que des bâtiments de transport; et ce luxe de prames, de chaloupes canonnières, de bateaux plats, de péniches, etc., tous bâtiments armés, était parfaitement inutile. Si j’eusse ainsi réuni 4,000 bâtiments de transport, nul doute que l’ennemi eût vu que j’attendais la présence de mon escadre pour tenter le passage. Mais, en construisant des prames et des bateaux canonniers, en armant tous ces bâtiments, c’étaient des canons opposés à des canons, des bâtiments de guerre opposés à des bâtiments de guerre, et l’ennemi a été dupe. Il a cru que je me proposais de passer de vive force, par la seule force militaire de la flottille. L’idée de mon véritable projet ne lui est point venue; et lorsque, les mouvements de mes escadres ayant manqué, il s’est aperçu du danger qu’il avait couru, l’effroi a été dans les conseils de Londres, et tous les gens sensés ont avoué que jamais l’Angleterre n’avait été si près de sa perte.
QUE CONVIENT-IL DE FAIRE AUJOURD’HUI DE LA FLOTTILLE DE BOULOGNE ?
ART. 3. – Le projet a été démasqué : l’ennemi voit que le plan était d’arriver sous la protection de mes escadres. Les travaux, faits à Boulogne et aux ports de Wimereux et d’Ambleteuse, qui lui sont parfaitement connus, lui ont prouvé d’ailleurs que la flottille ne pouvait appareiller dans une seule marée, et qu’elle ne saurait passer un coup de vent dans la rade de Boulogne. Dès lors l’Angleterre n’a plus la crainte que la flottille veuille passer par ses propres forces puisque les combinaisons de l’amiral Villeneuve ont prouvé que j’ attendais son arrivée pour passer, et que la connaissance de la côte a montré l’impossibilité de faire sortir la flottille dans une seul marée. Aussi , depuis ce temps, les mêmes hommes qui avaient déclaré qu’on ne pouvait empêcher la flottille de débarquer disent maintenant que rien ne peut empêcher l’arrivée de 100 ou 150 bâtiments, ce qui fait une expédition de 15 ou 16,000 hommes, mais qu’il n’est pas probable qu’une expédition plus considérable pût trouver des chances de réussir.
ART. 4. – Dans cette situation de choses, la rade de Boulogne n’étant point propre à instruire mes matelots, et la flottille ne pouvant plus donner à l’Angleterre l’inquiétude de lui voir faire le passage de vive force, il faut reprendre le projet qui a été manqué, avec sur les hauteurs de Boulogne une armée de 60 à 80,000 hommes, avoir 500 bâtiments pouvant porter 40 à 50,000 hommes et plusieurs milliers de chevaux; n’avoir qu’une partie des matelots nécessaires pour l’armement de ces bâtiments, et, au moment où, nos escadres commenceraient leurs mouvements, faire une levée de pêcheurs et de matelots sur les côtes; rétablir la ligne d’embossage, embarquer l’artillerie et le matériel, faire enfin toutes les démonstrations nécessaires pour faire voir qu’on n’attend que la présence d’une escadre pour passer.
AVANTAGES DE CE PLAN
ART. 5. Les avantages de ce plan sont immenses. D’abord, j’aurai toujours le prétexte d’avoir 80 ou 100,000 hommes campés dans une position saine, facile à approvisionner, et d’où ils peuvent se porter promptement en Allemagne; et une aussi grande quantité de troupes qui sera en vue de la côte d’Angleterre,, avec un nombre de bâtiments qui permettra d’opérer la descente, si je suis quelques jours maître de la mer, aura une double influence en Angleterre : 1° elle l’obligera à tenir des troupes pour se garder et se précautionner contre la descente qui est devenue possible; 2° elle l’obligera à tenir en réserve, dans les Dunes ou dans la Tamise, une portion de ses escadres pour ce cas inattendu.
ART. 6. – Si ma flotte de l’Escaut, de Toulon ou de Brest, débarquait 30,000 hommes en Irlande, quelle crainte n’aurait pas l’Angleterre qu’après les avoir débarqués elle ne continuât son mouvement, se réunît sur un point donné avec mes autres escadres, et revînt sur Boulogne pour jeter une expédition sur les côtes d’Angleterre ! Si mes escadres portaient la guerre aux Grandes Indes ou aux Indes occidentales, les Anglais auraient également la crainte que, s’ils se dégarnissaient de leurs flottes, elles ne revinssent sur Boulogne, et que, se trouvant à leur arrivée maîtresses de la mer, comme nous l’avons été après le combat d’Ouessant, elles ne couvrissent le passage d’une expédition dont tous les préparatifs étaient aperçus d’Angleterre.
QUE COÛTERONT CES AVANTAGES ?
ART. 7. – Les principaux frais de cette grande diversion consistent dans l’entretien de l’armée de terre dans ses camps; mais on a déjà dit les avantages attachés à cette présence des troupes sur ce point, sous le point de vue continental; et dans l’obligation de garder une grande quantité de troupes pour le maintien de ma considération, il est indifférent de les entretenir à Boulogne ou ailleurs. Les 500 bâtiments, nous les avons; il suffira d’avoir des équipages pour un quart de ces bâtiments, et l’entretien de ces équipages sera donc tout ce qu’il en coûtera à la France pour avoir ce moyen d’inquiéter et d’attaquer son ennemi.
ART. 8. – Supposons une armée de 40 vaisseaux de ligne arrivant devant Boulogne, et y trouvant une armée de 100,000 hommes avec 10,000 chevaux : que pourra-t-elle faire ? Combien de temps ne lui faudra-t-il pas pour transporter en Angleterre les hommes, les chevaux et le matériel : il lui faudra plus de dix voyages. Supposons à présent 40 vaisseaux de ligne arrivant devant Boulogne, et y trouvant 500 bâtiments, prames, péniches, chaloupes canonnières, etc., armés ou sans canons, tous les objets d’artillerie, les hommes et les chevaux embarqués, prenant à son bord une partie des hommes que la flottille ne peut porter; voilà, dans peu de jours , toute l’expédition débarquée en Angleterre. Cela obligera donc l’Angleterre à avoir une armée de terre, et à tenir en réserve une armée de mer. De tous les moyens qu’on peut proposer pour nuire à l’ennemi dans cette lutte, on n’en peut imaginer un moins dispendieux pour la France et plus désastreux pour l’Angleterre.
ART. 9. – Ayant ainsi fait connaître au ministre de la marine le rôle que je veux faire jouer à la flottille de Boulogne, je désire qu’il me propose les modifications nécessaires pour qu’elle atteigne mon but en me coûtant le moins possible.
APRES 1805
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Discours sur l’État de l’Empire – 1806
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Messieurs les Députés des départements au Corps législatif,
Je suis chargé par S. M. l’Empereur de vous rendre compte de la situation de l’Empire pendant l’année qui vient de s’écouler.
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6,850,000 francs ont été dépensés dans les ports militaires. Leur emploi a eu pour objet principal, à Cherbourg, l’exhaussement des digues, l’enrochement des talus, les jetées du môle, la construction de l’avant-port et du bassin, et la fondation du nouveau port Bonaparte, qui, destiné à compléter cette belle création maritime, et digne de son nom, sera sur la Manche la terreur de l’Angleterre, à Boulogne, le bassin et son écluse, l’achèvement des ouvrages qui constituent l’ensemble du port, et la construction des établissements qui l’entourent; à Ambleteuse, les travaux nécessaires pour approfondir le port, l’élévation de la jetée qui le garantit des sables, poussés par les vents de l’ouest, les talus et les bâtiments; à Brest, la formation d’une île artificielle, les excavations dans le rocher, les hôpitaux, les magasins, l’arsenal, les casernes et l’achèvement des batteries; à Anvers, la continuation des rapides travaux qui doivent en faire l’arsenal de notre marine sur la mer du Nord , les cales de construction , l’élévation des quais, les hangars et les ateliers; dans la rade de Rochefort, les jetées qui doivent servir de base au fort Boyard, et les opérations de tous genres que nécessite cette difficile construction.
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