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 Guînes

 

La population de la ville, au recensement de 1999, était de 5 221 habitants. Sa superficie est de 2 642 ha. Densité de population : 197 habitants au km². Les Guînois(es).

 carte tirée de Google Earth
  • Description

La commune de GUÎNES se situe à 12 km de CALAIS. Elle est composée, au nord, d’une partie basse longtemps recouverte par les eaux de la mer puis devenue marais avant d’être en grande partie asséchée ; c’est ici que se termine la plaine de Flandre maritime. Le sud, au contraire, monte jusqu’à une altitude de 147 mètres ; il est principalement constitué d’une forêt domaniale de 780 hectares.

 
  • Étymologie

  Le nom de la commune apparaît pour la première fois, en 807, sous la forme « GISNA » dans une donation de dame Lebtrude à l’abbaye de St-Bertin. Il est écrit « GISNES » et « GHISNES » dans les années 1080 ; « GHISNENSE » et « GHISNENSIS » dans des manuscrits de l’abbaye de Guînes de la fin du XIIe siècle et du XIIIe siècle, et « GHISNARUM » dans le traité de Péronne de 1246. Dans un acte d’Arnoul III, de 1253, il est noté « GUYNES » et « GHINES ». On le trouve sous la forme « GUYSNES » dans une charte du comte Arnoul III de mai 1273 et « GUIGNES » pendant l’occupation anglaise mais, à partir de 1292, la forme « GUISNES » revient souvent. Après la Révolution, celle-ci perd son premier « S » au profit d’un accent circonflexe sur le « I » pour donner « GUÎNES ».

 Le nom primitif « GISNA » serait d’origine germanique. Il signifierait : « LA FERME DE WISO » (« wis », phonétiquement « guis »). 

 
  • Armoiries

 

  

« Vairé d’or et d’azur, au chef d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or ».

Le vairé d’or et d’azur correspond aux armoiries des comtes de GUÎNES ; il était surmonté d’une couronne comtale qui a été interdite à la Révolution. Les trois fleurs de lys ont été ajoutées pour marquer le retour du comté de GUÎNES au royaume de France, en 1558.

 
  • Histoire

 Lors de la Transgression Flandrienne (entre – 9 000 et – 3 000 ans avant J.C.) Guînes est véritablement sur mer et doit représenter un lieu très attractif pour la population. Toutefois, les découvertes archéologiques sont peu nombreuses : des pièces lithiques (lames, racloirs, perçoirs …), un tesson de poterie décorée protohistorique à la motte de « La Walle », et une enceinte funéraire près du collège « Les Quatre Vents ». Sur le site de celui-ci, des céramiques gauloises (approximativement 300 ans avant J.C.) ont été trouvées, preuve d’une implantation durable à défaut d’être majeure. C’est sans doute au IIe siècle que les romains établissent une « Villa » au lieu-dit « Grand-Saint-Blaise » en bordure de la voie « Leulène », peut-être pour servir de relais. Cet établissement ferme à la fin du IIIe siècle ou au début du suivant, et la terre de GUÎNES retombe dans l’oubli. Elle en ressort au milieu du VIIe siècle lorsque les abbés de Saint-Bertin déclarent l’avoir reçu en donation de Walbert comte de Saint-Pol, de Ponthieu et d’Arques. Mais rien n’assure qu’ils en exercent véritablement la seigneurie et Lydéric II, comte de Flandre, déclare en 805 en être le seigneur.

 Ardolf,S

Les biens des abbés de Saint-Bertin, repris dans un inventaire dressé vers le milieu du IXe siècle, sont considérables : dix-sept manses (fermes) dont une pour le contremaître, avec des hommes libres, des serfs et des esclaves pour travailler la terre ; 316 hectares de terre dont 157 à labour ; etc. Le document constate, de plus, l’existence de trois résidences seigneuriales, appelées casa dominica, dans lesquelles habitent des « régisseurs ». Il y a là aussi une église, in Gisna habet Ecclesiam, dotée de douze bonniers et de trois esclaves. Il en ressort que GUÎNES est alors autre chose qu’une simple « villa », plus même qu’un village ordinaire.

 

 

 

 

 

Mais bientôt, les Normands commencent à ravager la côte. Vers l’an 928, un danois nommé SIFRID s’établit avec ses guerriers à GUÎNES. ARNOUL Ier, comte de Flandre n’est pas disposé à se laisser déposséder mais son territoire est vaste et il sait la difficulté de défendre une terre aussi lointaine. Quant à SIFRID, il ne tient pas à entrer en lutte avec un seigneur aussi puissant. La diplomatie arrange tout : SIFRID peut rester sur la terre de GUÎNES, en échange il accepte de devenir le vassal du comte de Flandre. Son premier travail consiste à fortifier le bourg, alors sans défense, afin de le protéger des autres envahisseurs. Il y fait élever une motte qu’il entoure de haies vives et qu’il ceint d’un double fossé.

ARDOLF, fils de SIFRID, est élevé à la cour du comte de Flandre ; ce dernier, à la mort de SIFRID, en 962, élève ARDOLF au rang de comte de GUÎNES avec des terres conséquentes (au XIIIe siècle, le comté possède 33 paroisses dont 29 seigneuries).

La situation topographique exceptionnelle du bourg (une forêt giboyeuse, des marais riches en tourbe pour se chauffer et à l’herbe abondante pour les bestiaux, des terres à labour produisant du blé et de l’avoine en quantité, une rivière traversant la ville et permettant d’alimenter à la fois un moulin et les fossés du château) et la puissance des comtes de GUÎNES rendent la ville prospère.

 

En 1129, le comte MANASSÈS (« un prince très renommé et très connu dans tout l’univers pour sa magnificence et sa gloire; connu en France, connu en Normandie, très connu en Angleterre, où il faisait de longs séjours à la cour du roi Guillaume… », selon Lambert d’Ardres) et son épouse Emma fondent l’abbaye Saint-Léonard, au Tournepuits, dans les faubourgs de GUÎNES. Ils la dotent de « toutes les dîmes de fromages, de cidre,de pommes, de laine et de troupeaux qu’ils possèdent en Angleterre ainsi que le patronage et les revenus casuels de l’église de Newington, avec les dîmes, les terres et les bois qui en dépendent, les églises, ou chapelles d’Alschot, de Celpham, et les dîmes de Herst et de Bliseinghes, dans le comté de Kent ». Cet édifice a disparu sans laisser de traces.

   GUÎNES connaît son apogée, au moyen âge, sous le règne de BAUDOUIN II (1169-1205). Ce comte y entreprend de grands travaux de défense : il construit, en pierres de taille, un donjon d’une grande élévation, et fait clore la ville d’un mur de pierres, avec des tours de défense à chaque porte. Il s’emploie également à favoriser l’agriculture et poursuit le desséchement des marais. Érudit, il fait venir à sa cour de nombreux savants et entretient une bibliothèque imposante. Renommé, il est choisi, en 1179, pour accompagner, avec le comte de Flandre, le roi LOUIS VII dans un pèlerinage au tombeau de Saint THOMAS DE CANTORBÉRY. Bon vivant (trente-trois de ses enfants, légitimes ou non, assistent à son enterrement), il accueille à GUÎNES, avec faste, des personnages importants comme THOMAS DE CANTORBÉRY ou l’archevêque GUILLAUME DE CHAMPAGNE. Dans la tradition de l’époque, il continue néanmoins à diriger ses sujets d’une main de fer : un « manan » et deux de ses enfants ayant été surpris à pêcher dans le vivier comtal sont sommairement jugés et pendus.

 GUÎNES compte alors trois églises à l’intérieur de ses murs : Saint-Bertin (la plus importante et la plus ancienne), Saint-Médard et  Saint-Pierre (la seule qui ait subsisté de nos jours); et deux dans ses faubourgs : Melleke au lieu-dit « Le Saint-Blaise » et Spelleke que l’on peut situer au hameau de « Tournepuits ». Cette dernière comprend une léproserie pour hommes. Le château est considéré comme une paroisse à part, avec sa chapelle Notre-Dame.

 Mais la complexité des alliances féodales va briser ce bel essor. Dans la lutte que se livrent le comte de Flandre et le roi de France, que le comte de GUÎNES prenne position pour l’un ou pour l’autre, il semble toujours perdant. De plus, son engagement est parfois contraire à celui du comte de BOULOGNE avec qui il entretient des relations tendues en raison, notamment, de l’obligation pour ce dernier de traverser les terres du comte de GUÎNES pour se rendre dans ses possessions de CALAIS, MARCK et OYE (en effet, le comté de GUÎNES possède un débouché sur la mer à ESCALLES et SANGATTE).

  C’est ainsi que les troupes du roi de France ravagent la terre de GUÎNES obligeant, en 1200, BAUDOUIN II à se constituer prisonnier (le comte ne se remet pas de cette captivité et meurt en 1206).Elles reviennent en 1209 et s’installent sur le comté commettant de nombreuses violences (hommes rançonnés, femmes violées, bétail volé). Le comte ARNOUL II est obligé de se soumettre au roi de France et de détruire sa magnifique résidence sise au marais. Mais dans le même temps il s’aliène le comte de Flandre, FERRAND DU PORTUGAL, qui, en février 1214, après avoir ravagé le pays, s’empare de Guînes qu’il pille et de la comtesse BÉATRIX qu’il emmène en Flandre où elle reste prisonnière jusqu’en 1217.

 La paix est quelque peu retrouvée mais les comtes de Guînes ne regagneront jamais leur opulence d’antan. En 1253, ARNOUL III est fait prisonnier par les hollandais à la bataille de WEST-CAPELLE et doit emprunter (pour prix de sa libération) 87 000 livres à ses sujets, qu’il ne peut rembourser. C’est ainsi, qu’il se retrouve contraint, en février 1283, de vendre le comté de GUÎNES au roi de France. Ce dernier ne prend pas le risque de mettre en place un nouveau seigneur avec qui il pourrait se retrouver ultérieurement en conflit.Jusqu’à l’arrivée des anglais au milieu du XIVe siècle, la terre de GUÎNES est épargnée de façon durable et retrouve une certaine prospérité. La ville est administrée par les échevins qui gèrent les finances mais aussi par la police criminelle comme celle des rues et places, la surveillance des poids et des mesures, la surintendance des foires et des marchés, etc. Ils ont sous leurs ordres l’institution des Coratiers chargés de l’inspection des arts et métiers, des marchandises et des subsistances

 Le livre des « usaiges et anciennes coustumes de la conté de Guysnes », composé de 455 articles, nous renseigne sur les obligations à respecter par chacun ; quelques exemples insolites : 

– Il est interdit de jouer «  aux detz, ou autres geux deffendus » et les prostituées doivent quitter la ville du coucher au lever du soleil « sous paine d’estres mises au pillory » ;

 – Pour la propreté des rues nul ne doit « mecte fyens qu’il ne l’oste dedens 3 jours » ;

 – La sécurité routière est également d’actualité puisqu’il est ordonné « que nul ne s’asseie en sa charrecte par derrière, son cheval estant aux lymons, s’il n’y a aucun qui gouverne sa dite charrecte » ;

 – Les marchands sont particulièrement protégés, si un vol a lieu la nuit le coupable « seroit trayné et pendu par la gorge » et si c’est le jour il est simplement pendu ;  

 – « Nul n’est bastart que par sa mère » ?

 

Ce livre nous dévoile aussi l’existence de nombreux corps de métiers dans la cité. Les potiers sont les plus nombreux, vient ensuite la draperie qui emploie un grand nombre d’ouvriers : « pigneresses, carderesses bourresses et filleresses » chez les femmes, « tysserans, foulons, tondeurs » chez les hommes qui ont interdiction de « porter leur mestier hors de l’eschevinage » afin, déjà, d’éviter toute délocalisation, de même qu’il est interdit à tous d’œuvrer « hors la ville de Guysnes pourtant qu’ils puissent avoir euvre pour besongnier en la ditte ville ». On peut également citer les « tainturiers, leurs varletz et leurs chamberières »

 

En août 1347, CALAIS est occupée par les anglais après un long siège de onze mois. Ceux-ci vont alors s’attacher à conquérir l’ensemble du Calaisis. Si les forteresses de COULOGNE et SANGATTE tombent en mars 1349, celles de HAMES et de GUÎNES résistent jusqu’en janvier 1352.

Le siège de Calais :H. W. Koch: Illustrierte Geschichte der Kriegszüge im Mittelalter, S. 127, Bechtermünz Verlag, ISBN 3-8289-0321-5

Si les chroniqueurs français attribuent la chute de la place de Guînes à la trahison de son gouverneur Guillaume de Beaucorroy (qui en paiera le prix en étant décapité), les anglais ont une toute autre version. Un archer anglais, prisonnier à Guînes, réussit à s’enfuir grâce à la complicité amoureuse d’une « jeune blanchisseuse ». La même nuit, il revient avec trente de ses camarades. Ayant travaillé à la réfection des défenses de la ville pendant sa captivité, il connaît bien les lieux, il a même mesuré la hauteur des remparts avec une corde prêtée par son amie de cœur. Avec des échelles, ils escaladent le rempart et tuent les sentinelles avant qu’elles ne donnent l’alarme. Ils maîtrisent ensuite les autres soldats encore profondément endormis. 

Isolée, la forteresse de HAMES semble avoir dû capituler peu de temps après. Le roi de France, Jean II le Bon, en appelant aux lois de l’honneur, réclame en vain la restitution de GUÎNES qui a été prise au moment d’une trêve. Par le traité de Brétigny, ratifié à CALAIS le 24 octobre 1360, la ville est officiellement cédée aux anglais. Le 18 novembre 1360, les autorités de Guînes (et autres lieux du Calaisis) prêtent serment au roi d’Angleterre Édouard III qui leur confirme leurs chartes municipales et leurs privilèges.

Vu sa situation géographique à l’extrémité sud du territoire anglais, GUÎNES voit son importance militaire accrue. Sa forteresse en forme de pentagone avec, en son centre, un bâtiment carré fortifié d’épaisses murailles et défendu par un fossé et quatre tours d’angle, est très imposante. Les anglais vont, pendant près de deux siècles, encore la renforcer et la transformer. Ils y ajoutent une seconde enceinte avec des remparts de neuf mètres qui dominent des fossés profonds de deux mètres ; ils fortifient l’espace côté ville par laquelle on ne rentre que par un pont-levis ; et, surtout, ils ajoutent des tours d’artilleries aux angles les plus exposés. Ces travaux emploient, en 1541, 374 ouvriers payés 8 deniers sterling la journée.

 Attaquée en 1412 par Walerand de Luxembourg, en 1436 par le sire de Croy, et en 1479 par Louis XI, la ville est pillée et incendiée. Mais le château n’est jamais pris. 

La garnison comprend, en moyenne, 400 hommes et varie en fonction des évènements. Elle se défend contre les attaques mais effectue aussi de nombreuses sorties dévastatrices pour les campagnes environnantes restées françaises (comme en février 1543 où 240 habitants d’Audinghen, réfugiés dans l’église, sont massacrés).

 Pendant l’occupation anglaise, GUÎNES accueille à plusieurs reprises le roi d’Angleterre. Richard II y loge en octobre 1396 lors des préparatifs de son mariage à Calais avec Isabelle, fille de Charles VI. Henri V y séjourne quelques jours au retour de sa victoire d’Azincourt, en 1415. Lors de l’entrevue du « Camp du Drap d’Or », en juin 1520, Henri VIII y demeure dans un « Palais de cristal » construit à son intention, en dehors des remparts sud, avec des matériaux apportés d’Angleterre.

Le champ du Drap d’Or dessiné par Edwards ( BNF)

 

Le 22 décembre 1557, ayant appris que l’armée française se réunit à Abbeville, le gouverneur de GUÎNES, lord Grey, réclame des renforts ; il obtient 400 hommes supplémentaires.

Le 1er janvier 1558, le duc de Guise entre dans le Calaisis à la tête d’une troupe de 30 000 hommes. Sept jours après, Calais, que l’on croyait imprenable, tombe.Le duc de Guise arrive devant Guînes, avec pratiquement toute son armée et son artillerie, le 13 janvier 1558. En face de lui lord Grey dispose de 1 400 soldats, en grande partie des espagnols et des mercenaires, et des moyens conventionnels de défense d’une place fortifiée : canons de petit calibre, couleuvrines et arquebuses, feux grégeois, épées, haches, piques et autres armes individuelles pour repousser l’ennemi si c elui-ci réussit à entrer dans la place. Dans l’incapacité de défendre la ville, pour éviter que l’ennemi y trouve un abri aisé, il y met le feu.

 Les combats débutent le 17 janvier 1558 et dès le 20 les français effectuent une percée à l’intérieur de la forteresse. Lord Grey qui a perdu 400 hommes, ne peut plus espérer qu’une capitulation qui permette la vie sauve pour les autres. Après une rapide négociation, la reddition intervient le 21 (la veille du 206ème anniversaire de la prise de GUÎNES) : les soldats peuvent quitter la ville avec leurs armes individuelles et un écu en poche, lord Grey ainsi que ses capitaines et hommes de qualité sont remis aux principaux responsables de l’armée française pour en tirer une rançon.

 

Vue de la prise de Guînes par les Français (BNF)

Comme à CALAIS, les progrès de l’artillerie ont complètement changé les données d’un siège. À GUÎNES, entre 8 000 et 9 000 coups de canon ont été tirés en quatre jours. Des murailles que l’on ne pouvait jusqu’alors franchir qu’en les escaladant ont été percées et certaines tours se sont effondrées avec leurs défenseurs. Outre les dégâts occasionnés par des boulets de fer pesant entre 7 et 16 kg, il faut penser aussi à l’impact psychologique sur les assiégés de ces tirs continuels, de jour comme de nuit.Bien que GUÎNES n’ait pas été, comme CALAIS, vidée de ses habitants lors de sa prise en 1352, deux siècles plus tard une grande partie de la population préfère suivre l’armée anglaise et émigrer en Angleterre. La reine octroie, aux habitants de GUÎNES, ainsi qu’à ceux de HAMES, un endroit dans le quartier Sainte-Catherine de Londres qu’on appela « Hammes and Guisnes lanes » devenu, par corruption, « Hangman’s Gains ».

 Avant de partir, le duc de Guise fait raser le château et les fortifications afin d’éviter qu’ils ne servent aux anglais lors d’un éventuel retour. En plus de ses habitants, GUÎNES a perdu, à tout jamais, son importance militaire. En outre, la ville passe sous l’autorité de CALAIS.Plusieurs grandes propriétés sont distribuées à certains seigneurs en remerciement des services rendus au roi : Henri duc de Guise, qui la revend aussitôt ; Antoine de Jacomel, maître des requêtes ordinaires du roi ; Secondin de Cancer, seigneur de Pignan près de Montpellier ; Costé, sieur de la Vallée ; Jean Caboche, lieutenant du roi.Le reste du territoire est loti en concessions de 200 arpents maximum et vendu à une population nouvelle : militaires démobilisés (bénéficiant d’attributions gratuites) ; picards ; normands ; habitants de THÉROUANNE ayant échappé à la destruction de la ville en 1553 par l’armée de Charles Quint ou de SAINT-QUENTIN rasée en 1557 par les troupes de Philippe II ; et de nombreux protestants d’Artois et de Flandre particulièrement du PAYS DE L’ALLEU (Fleurbaix, Sailly, La Gorgue, Laventie), où ils subissaient les persécutions du très catholique roi d’Espagne Philippe II.

La destruction du château et des murailles offrent des matériaux qui facilitent le rétablissement de la ville ainsi qu’une nouvelle urbanisation totalement différente. Mais, si les anglais ont été boutés hors de France, la guerre continue avec Philippe II d’Espagne souverain des Pays-Bas bourguignons dont la Flandre. La situation est propice aux épidémies de peste (de 1572 à 1577 et en 1636 où elle fait plusieurs centaines de morts). La disparition des fortifications facilite les incursions des troupes du roi d’Espagne : GUÎNES est occupée de 1596 à 1598 et pillée en 1674 ; sans oublier les troupes françaises qui, pour les combattre, pratiquent la politique de la terre brûlée et dévastent complètement la ville en 1640.

Au XVIIe siècle, la population nouvelle, composée de 20 à 30% de protestants, rétablit GUÎNES comme une des plus importantes villes du Calaisis. En 1685, elle compte près de cinq cents maisons et plus de 2 000 habitants. Les protestants y disposent d’un consistoire où ils délibèrent sur les intérêts de leur communauté, et d’un temple, l’un des deux seuls du Calaisis, où viennent de très loin les fidèles.

Guînes en 1709 ( BNF)

La révocation de l’édit de Nantes, en 1685, est très préjudiciable. Elle ne laisse que deux choix aux protestants : abjurer ou émigrer ; et presque tous préfèrent partir. La population de GUÎNES, en 1698, n’est plus que de 1 687 habitants. Le dommage au niveau économique est encore plus important car les protestants étaient les plus actifs dans l’agriculture, le commerce et la petite industrie et ils détenaient le quasi monopole des métiers de la draperie. L’industrie ne s’en relèvera pas et seuls les bateliers prospèrent quelque peu au XVIIIe siècle grâce notamment au transport de denrées venues des environs : charbon d’HARDINGHEN, verre de LOCQUINGHEN, pierres de FERQUES, marbres d’ELINGHEN, bois des forêts de GUÎNES et LICQUES, sans oublier la tourbe extraite des marais pour le chauffage ; mais aussi le transport de personnes, par bateaux, pour CALAIS, les chemins étant en mauvais état et souvent impraticables.

Seules des anecdotes marquent la période révolutionnaire comme la venue, en novembre 1793, de Joseph Lebon « un homme à l’air égaré portant deux pistolets à la ceinture », selon certains témoins de l’époque. À GUÎNES, il n’y a ni noblesse de cour ni seigneur exploitant le petit peuple; ni château moyenâgeux, ni salon privé. Les nobles sont fermiers, notables ou entrepreneurs et sont indispensables à la prospérité de la ville. Aussi, les poursuites à leur encontre sont-elles modérées. Les élus prennent même parfois leur défense mais savent également montrer leur enthousiasme révolutionnaire (il faut, en cette période, peu de chose pour passer pour un ennemi de la république et en subir sur le champ toutes les conséquences) : le 21 novembre 1793, destruction des titres de noblesse de Bournonville, de Guizelin et de M. Desandrouin ; le 20 juin 1794, somptueuse fête de l’être Suprême.  La Révolution a au moins un effet positif sur la ville puisqu’elle la libère de la tutelle de CALAIS et en fait un chef-lieu de canton.Après la défaite de Waterloo et l’abdication de Napoléon, GUÎNES doit se résigner à « accueillir » des hussards prussiens et le deuxième régiment de dragons anglais qui arrive le 28 octobre 1816 et s’y installe jusqu’en novembre 1818.

Guînes  d’après le cadastre de 1833  ( archives dép. du Pas de Calais )

La révolution industrielle entraîne un développement considérable de la ville dans la première moitié du XIXe siècle. La population atteint 4 100 habitants en 1846 et, à peu près à la même période, 27 fabricants de tulle occupent jusqu’à 100 personnes. La batellerie est en pleine activité et profite de l’essor des usines métallurgiques de MARQUISE, des mines de charbon d’HARDINGHEN et des carrières de pierres de FERQUES.

 

L’invasion « pacifique » des anglais, venus faire de CALAIS la capitale du tulle et de la dentelle en France, profite grandement à GUÎNES. De nombreuses familles anglaises s’y installent. En corrélation, plusieurs pensionnats de jeunes anglais s’y ouvrent :

 

– Pensionnats Liborel : un de garçons de 40 à 60 places, et un de filles.

– Pensionnats Hennequin : un de garçons de 60 places et un de filles de 40 places.

 

Malheureusement, en 1862, la mise en service de la ligne de chemin de fer de la Compagnie du Nord de CALAIS à BOULOGNE, plus à l’ouest du territoire de GUÎNES, fait perdre à la ville tous ses trafics importants et compromet son avenir économique. Une ligne d’intérêt local est bien ouverte le 29 septembre 1881 mais elle ne sert pratiquement que pour le transport de voyageurs et plus particulièrement d’ouvriers guînois allant travailler à CALAIS. Elle est bientôt concurrencée par une ligne de tramway (hippomobile au début puis électrique à partir de 1910). GUÎNES devient la banlieue de CALAIS.

 

La mobilisation de 1914 envoie 250 guînois à la guerre. Ils sont remplacés par des soldats de l’armée belge (jusqu’à 6 000 hommes en 1917), logés chez l’habitant à GUÎNES et dans les communes environnantes. Si la ville est trop éloignée du front pour compter des victimes civiles, la liste des soldats guînois morts reprend 171 noms.

 

Lors de la déclaration de guerre en 1939, ce sont 357 guînois qui sont mobilisés. Puis le 101ème bataillon du 3ème génie s’installe à GUÎNES du 13 novembre 1939 au 10 mai 1940. Quelques jours plus tard (le 23 mai), les premiers allemands traversent la ville. Ils s’y installent en nombre jusqu’au 5 septembre 1944, date à laquelle ils s’enfuient avant l’arrivée des canadiens. Mais la guerre n’est pas finie et les habitants s’en aperçoivent rapidement avec plusieurs bombardements allemands en provenance de CALAIS et ses environs et des batteries de la côte. Le 8 septembre, par exemple, GUÎNES reçoit 80 obus et de nombreux résidents se réfugient dans les villages alentours. Si cette guerre est moins meurtrière que la précédente chez les militaires (20 morts), la population civile est, cette fois-ci, touchée : 22 morts dont deux résistants fusillés (Georges Haudiquet et Sidney Bown).

 

Aujourd’hui, GUÎNES n’est plus une place forte et n’a plus d’industrie significative mais de nouvelles constructions l’agrandissent sans cesse. Et ses habitants entretiennent avec fierté son passé historique :

–    Spectacles son et lumière, organisés par l’association du Camp du Drap d’Or, qui rassemblent de très nombreux bénévoles guînois sur le thème des fêtes Renaissance ;

–    Musée de la Tour de l’Horloge qui permet aux visiteurs de remonter le temps de l’époque de Sifrid à celle de l’entrevue du Camp du Drap d’Or ;

–    Musée municipal Émile Villez qui retrace toute l’histoire de la ville et présente des découvertes archéologiques faites sur son sol.

 

 

  • Églises et monuments

    L’église Saint Pierre ès liens

 

À la libération de GUÎNES, en 1558, il ne reste qu’une seule des trois églises du moyen âge. Endommagée, elle est restaurée avant d’être abattue en 1661, à l’exception de sa tour carrée et de son clocher. Les travaux de reconstruction prennent deux ans. 

À nouveau bien abimée par la Révolution, M. Fourcroy, maire en 1820, ordonne sa démolition. Seule la base de la tour est conservée.La nouvellie, dont la première pierre a été posée en juillet 1822, est celle que nous pouvons contempler aujourd’hui. À l’intérieur, une chaire de vérité, classée à l’inventaire des monuments historiques, arrivée là lors de la vente des biens de l’Église sous la Révolution, est vraisemblablement de 1706. Mais aussi trois bénitiers qui ont été conservés de l’ancienne église : l’un, offert en 1667 par François Sueur ; un autre par Guillaume Darcourt, en 1691 ; le troisième par F. Maillard. La plupart des autres éléments datent de la reconstruction de 1822.

 

La cloche de 1567, réalisée au départ pour le village d’Arnèke, a été remplacée, le 19 octobre 1864, par trois petites cloches dont les principaux donateurs sont les familles Filley de la Barre, de Guizelin, Rébier et Thoumin.

  

 

 

 

 

 

 

l’Église Sainte jeanne d’arc

 

Ce n’est qu’en 1876 qu’une église put être offerte aux habitants du marais de GUÎNES. Cette décision fit suite à un legs de Monsieur le chanoine Louis Bernard François DELANNOY, doyen de Fauquembergues, datant de 1865, et à la donation d’un terrain par Mme Veuve Roussel. En raison de la nature particulière du terrain, l’église fut assise sur un lit de béton reposant sur un ensemble de pieux de chêne de 4 mètres de longueur. Réceptionnée par la commune le 19 octobre 1878, elle ne fut ouverte au culte qu’en juillet 1879.

 

La cloche de l’église a été installée en 1878. Elle porte l’inscription : « J’ai été offerte à la chapelle du marais de Guiness (sic) par mademoiselle Zoé de Guizelin – J’ai été bénite par Mr l’abbé Gallais curé doyen en l’an 1878, sous les noms de Zoé Maria – Ayant pour parrain M. Gustave de Guizelin et pour marraine Mme Maria de Guizelin ».

Les vitraux réalisés par les ateliers Georges DEPIENNE de Lille, furent posés après 1920. Ils représentent l’histoire de Jeanne d’Arc ; certains d’entre eux incluent des portraits de jeunes soldats, originaires du marais de Guînes, et tombés au cours de la Grande Guerre.

 

Le chemin de croix installé à la fin du XIXe siècle a été remplacé lors de la rénovation de l’église en 1985, au grand dam de certains paroissiens.

 

la tour de l’horloge

 

 

Au moyen âge, la motte féodale est surmontée d’un impressionnant donjon. Détruit par les forces françaises après la reprise de la ville en 1558, il est remplacé par une maison forte destinée à loger le commandant de la place. Inutilisée à partir de 1661, la bâtisse menace ruine et la décision est prise de la démolir. Mais elle comporte, depuis 1630, une cloche bien utile aux habitants. Aussi est-il décidé de la remplacer par une tour au sommet de laquelle est installée une horloge. Cette tour est édifiée, en 1763, grâce au financement de Pierre Lenoir, tanneur à Guînes. Même si sa toiture et son campanile ont été modifiés depuis, elle possède toujours sa cloche de 1634 qui sert de timbre à l’horloge.

  

la colonne blanchard

 

Le 7 janvier 1785, à 13h15, un ballon gonflé à l’hydrogène, muni d’une hélice et de rames, s’élève au-dessus des falaises de Douvres pour la première tentative aérienne de traversée de la Manche. Il a, à son bord, deux aventuriers intrépides :

 

–   Jean-Pierre Blanchard, 31 ans, physicien-aéronaute français, inventeur à l’âge de seize ans d’une pompe hydraulique permettant d’alimenter le château Gaillard depuis les rives de la Seine située 122 mètres plus bas,

 –  John Jeffries, 41 ans, américain né à Boston où il exerce comme médecin. Il est chirurgien général dans l’armée britannique pendant la révolution américaine puis il s’établit en Angleterre après la guerre. Il a financé l’expédition à condition de pouvoir accompagner l’aéronaute français.

 

La traversée n’est pas de tout repos. Après avoir jeté tout le lest, les rames, les instruments de mesures avec lesquels John Jeffries espérait effectuer des expériences, les 15 kg de livres de Jean-Pierre Blanchard, les vivres et les instruments de navigation le ballon menace de sombrer dans les flots. Les deux hommes se dévêtissent. Miracle, le ballon reprend de l’altitude. À 15h, il atteint les côtes françaises et passe entre le cap Blanc-Nez et le Gris-Nez. Il continue sa course, passe au sud de Guînes, et finit accroché dans les arbres de la forêt domaniale, après un périple de 2h 25mn. Pour commémorer cet exploit, qui fit le tour des cours européennes, l’endroit est renommé « Bois Ballon » et une des rues les plus importantes de Guînes est rebaptisée « Boulevard Blanchard ».

 

Enfin, la municipalité fait édifier, au point de chute, une colonne de 8m 25, primitivement surmontée d’une sphère symbolisant un ballon, inaugurée le 7 juin 1786 en présence de Jean-Pierre Blanchard.

 

 

  • Maires

 

Charles de Guizelin (1790-1791), Charles-François Thoumin (1791-1792), Jean-Louis-Nicolas Dessaux (1792-1795), Bontemps (1795), Patarot (1795-1797), Fortin-Bernet (1797-1799), Théodore Demohr (1799-1800), Berger (1800-1802), Thomas Rébier (1802-1803), Jean-Louis-Nicolas Dessaux (1802-1812), — (1812-1817), L.-M.-D. de Guizelin (1817), M. de Bournonville (1817), Louis-Marie Briche (1817-1821), Pierre Fourcroy (1821-1826), L.-M. de Guizelin (1826-1830), Henri Prévost (1830-1832), Noël Boulanger-Fortin (1832-1835), Fourcroy (1835-1839), de Filley de la Barre (1839-1848), Dambron (1848-1849), Noël Boulanger-Fortin (1849-1852), Barthélémy d’Angerville (1852-1870), Louis Watel (1870), Charles de Guizelin (1870-1871), Maurice Gody (1871-1878), Jacques Duquesnoy (1878-1879), Xavier Popieul (1879-1881), Gustave de Guizelin (1881), Léon de Bournonville (1881-1888), Narcisse Boulanger (1888-1932), Louis Rault (1932-1936), Eugène Calais (1936-1944), Eugène Pruvost (1944), Georges Metzérard (1945-1947), Émile Féramus (1947-1950), Francis Marlard (1950-1954), Jules Ledoux (1954-1957), Robert Lemaire (1957-1965), Michel Chevalier (1965-1983), Paul Warnault (1983-1995), Hervé Poher (1995-2007), Marc Medine (2007, -).

 

 

 

  • ouvrages et associations d’histoire locale

 

Guînes des origines à nos jours

 

Écrit par trois passionnés férus d’histoire, ce livre nous fournit le récit complet des événements qui ont marqué la vie de la ville pendant plus de deux mille ans. Il offre des détails très intéressants sur la dynastie des comtes de Guînes, l’occupation anglaise, le siège et la libération de la ville en 1558, la présence huguenote, et la vie économique et sociale du XIXe siècle jusqu’après la seconde guerre mondiale.  

Le travail de recherche est colossal et se retrouve dans la bibliographie qui comporte plus de 160 noms d’ouvrages consultés, sans compter une étude complète des cadastres, registres d’état-civil, actes notariés, archives diverses trouvés dans des centres d’archives, bibliothèques et au musée de Guînes. Il faut également noter l’abondance des illustrations et leur richesse ainsi que l’intérêt particulier de cartes mettant en parallèle l’urbanisme du moyen-âge avec celui d’aujourd’hui. Ce livre a été écrit par S. Cuvelier, J. Louf et E. Buy.

 

 

la société historique de guînes et de ses environs

 

Cette société a pour but la collecte et la conservation de tous documents, renseignements, bibliographies, objets et éléments matériels relatifs à l’histoire de Guînes et ses environs. Elle a son siège au musée municipal Émile Villez qui en fut son premier président. Elle a édité, en 2007, l’ouvrage cité ci-dessus « Guînes des origines à nos jours ».

  

 

  • Les sources :

–  Guînes des origines à nos jours / Éric Buy, Stéphane Curveiller, Jacques Louf / 2007

–  Notice historique sur l’état ancien et moderne du Calaisis, de l’Ardresis et des pays de Bredenarde et de Langle (contenant quatre communes et quatre rurales, qui formèrent le district ou arrondissement administratif et judicaire de Calais) / P.-J.-M. Collet / 1833

–  Dictionnaire historique et archéologique du département du Pas-de-Calais arrondissement de Boulogne Tome II / abbé Haigneré / Annonciades Boulogne-sur-Mer

–  Le livre des usaiges et anciennes coutumes de la conté de Guysnes / Société des Antiquaires de la Morinie / 1856

–  The Chronicle of Calais / John Gough Nichols / 1846

–  Annals and Legends of Calais / Robert Bell Calton / 1852

 



 

 

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